Bird Box Barcelona : autre continent, même chaos

par | 18 juillet 2023

Bird Box Barcelona : autre continent, même chaos

Déclinaison espagnole du hit américain, Bird Box Barcelona change de décor, mais aussi de points de vue, pour un résultat mitigé.

Alors que le phénomène Bird Box sorti en 2018 laissait une porte (timidement) ouverte à une éventuelle séquelle, ce n’est pas cette voie qu’a choisi d’emprunter Netflix. Cinq ans plus tard, alors que le souvenir de ce survival fantastique post-apocalyptique porté (parfois à bout de bras) par une Sandra Bullock très investie s’est plus ou moins estompé, le streamer transforme officiellement le film en franchise avec un spin-off délocalisé en Europe, Bird Box Barcelona, à la manière de ce qu’avait fait Blumhouse avec la version japonaise de Paranormal Activity. Direction l’Espagne, donc, et plus précisément la capitale catalane, pour un autre récit de survie post-épidémie/invasion de créatures surnaturelles, mais où le héros affiche un tout autre visage que celui de sa prédécesseuse.

Méfiez-vous des voyeurs

Bird Box Barcelona : autre continent, même chaos

Tout comme le premier Bird Box, le film se déploie sur deux temporalités différentes, espacées d’à peine un an. Quand Barcelona commence, nous faisons la connaissance de Sebastian (Mario Casas, toujours convaincant, jamais vraiment formidable), un homme aux abois qui tente de survivre dans une mégalopole devenue un cimetière à ciel ouvert. Pour ne pas devenir instantanément suicidaire en croisant le regard des entités qui ont envahi le monde, il doit voyager à l’aveugle à travers la ville avec sa fille. Mais la mise en scène nous fait bien vite comprendre que celle-ci n’est qu’une illusion. Pire, les véritables intentions de Sebastian sautent aux yeux lorsqu’il trouve refuge dans un entrepôt où une poignée de survivants sont regroupés. Sebastian est un homme brisé, mais aussi sous influence, déterminé à remplir son funeste objectif au mépris de toute humanité. Peut-il seulement être encore sauvé ?

« Le film se positionne comme un récit de rédemption, prévisible et aux enjeux similaires à ceux de 2018. »

Fidèle à son titre, Bird Box Barcelona n’est pas, contrairement au film de Susanne Bier, construit comme un road movie à travers un pays ravagé, mais comme un thriller en milieu urbain qui exploite autant qu’il peut les artères plus ou moins touristiques de Barcelone. De la Rambla au quartier du Raval en passant par sa fameuse plage dominée par l’hôtel W ou la forteresse de Montjuic, le film passe en revue la cité espagnole sous tous les angles : la production n’a pas lésiné sur les moyens pour la mettre littéralement en ruines. La mise en scène des frères Alex et David Pastor se charge avec succès de rendre cette atmosphère saisissante et ce n’est pas une surprise : le duo ibérique, né en Catalogne, s’était déjà attaqué au genre et à la ville en 2013 avec le méconnu Les derniers jours. Déjà auteurs d’un thriller tendu pour Netflix (Chez moi, avec Javier Gutierrez), il était évident que ces talentueux cinéastes étaient les mieux placés pour mettre en boîte ce nouveau film, devant son originalité autant à son choix de décor qu’à son inversion drastique de point de vue.

Intrigues à l’aveugle

Bird Box Barcelona : autre continent, même chaos

Le premier Bird Box introduisait déjà, maladroitement, ces « voyeurs » imaginés par le romancier à l’origine du film, Josh Malerman : des personnes folles, ou traumatisées, dont la rencontre avec la force mystérieuse qui décime la Terre ne les poussait pas au suicide. Au contraire, elle les pousse à, littéralement, ouvrir les yeux de ceux qui résistent, par la force ou par la ruse. En faisant de la vedette classique, charismatique, qu’est Casas, un « agent infiltré » sabotant à coups de mensonges et de duplicité les efforts des survivants, Bird Box Barcelona trouve dans sa première heure un souffle et un rythme particulier, malaisant. Les flash-backs se chargent de donner une raison (attendue) à son comportement. Et puis passée cette première partie stressante — qui culmine avec une sortie « en cordée » tournant à la catastrophe —, le film se positionne comme un récit de rédemption, prévisible et aux enjeux similaires à ceux de 2018. L’attention et l’empathie du spectateur sont déplacées vers le personnage sacrificiel et transparent, mais positif, joué par Georgina Campbell (vue l’an passé dans Barbare)… Et Barcelona perd alors de sa singularité, au point de trébucher dans un climax un peu idiot — mais toujours aussi sanglant, les frères Pastor n’étant pas là pour faire dans la suggestion. Pas complètement maîtrisé malgré l’exploitation de bonnes idées et une ambiance évocatrice, Bird Box Barcelona ne démérite pas et justifie en bonne partie son existence.