En taule ! Dix films de prison à découvrir

par | 28 septembre 2018

À l’occasion de la sortie de Section 99, on passe derrière les barreaux pour vous faire découvrir dix représentants méconnus d’un genre bien viril : le film de prison !

Sous-genre prolifique s’il en est, le film de prison a connu presque autant de déclinaisons que de scénarios au fil des décennies : manifeste humaniste (Les évadés, Le prisonnier d’Alcatraz), pamphlet sociologique (Luke la main froide, Brubaker), blockbuster (The Rock), drame (Un prophète, La dernière marche, Midnight Express)  film fantastique (La ligne verte, Fortress), horrifique (The Prison), « historiques » (Stalag 17, La règle du jeu), films d’évasion (La grande évasion)… Et des centaines d’autres !

Pour accompagner la sortie de l’excellent Section 99 (voir plus bas), nous nous intéressons ici à dix longs-métrages passés sous le radar du grand public, puisque tous inédits sur grand écran. Des films disponibles chez nous en Blu-ray, DVD ou S/VOD, qui viennent du monde entier et nous prouvent qu’en plus d’être prolifique, ce sous-genre est véritablement universel. Prêts à passer derrière les barreaux ? Suivez le guide !

Shot Caller

L’acteur danois Nikolaj Coster-Waldau a plus de cordes à son arc que ce que laisse penser Game of Thrones. Le populaire Lannister enquille depuis les débuts de la série les rôles forts au cinéma, et l’une de ses prestations les plus marquantes est à retrouver dans Shot Caller, un polar qui ne se déroule pas entièrement à l’intérieur d’une prison, même si son importance est centrale dans l’évolution de son héros : un brave type condamné après un accident, et métamorphosé par ses années à l’ombre. Coster-Waldau est aussi convaincant en golden boy frappé par le destin, qu’en taulard moustachu et tatoué, profitant de sa sortie de taule pour échafauder un deal d’armes, avec une idée derrière la tête. Script solide, casting homogène et rythme implacable : Shot Caller est une pépite dans son genre !

La 4e Compagnie

Sorti sans tambour ni trompette sur Netflix, La 4e Compagnie nous ramène dans les années 70, dans une prison de Mexico qui ferait passer les pénitenciers yankees pour une résidence de repos en banlieue. Dans ce long-métrage secouant et populaire à la fois, qui a raflé plusieurs récompenses majeures au Mexique dont l’équivalent du César du meilleur film, la corruption endémique du système carcéral – et par extension de la société – est exposée à travers les agissements de la « 4e compagnie ». Cette équipe de football américain, composée de détenus, fait la loi dans la prison avec l’appui des matons. Ici le sport est moins un objectif libérateur qu’une couverture pour des agissements bien plus néfastes. Un peu comme si le Plein la gueule de Burt Reynolds rencontrait Un prophète d’Audiard.

The Prison Experiment

L’expérience de l’université de Stanford a déchaîné les passions en 1971, et n’a cessé de titiller l’imaginaire des scénaristes. Déjà librement relatée dans Das Experiment, puis dans son mauvais remake US, cette simulation à vocation psychosociologique est racontée fidèlement dans The Prison Experiment. La prison est ici un décor, une métaphore : quelques salles converties en cellules, pour enfermer des cobayes volontaires pour jouer les détenus ou les gardiens. Le test dérape au fil des jours, démontrant que n’importe quel individu peut abuser du pouvoir qui lui est confié si une autorité supérieure l’absout de ses dérapages. Dirigé sans chichis et s’appuyant sur des comédiens au diapason, The Prison Experiment est une étouffante reconstitution, qui se passe presque de commentaires.

Section 99

Romancier prolifique et réalisateur parmi les plus singuliers du cinéma américain contemporain, S. Craig Zahler applique au film de prison le traitement qu’il avait réservé au western avec Bone Tomahawk : Section 99 est donc un mélange d’étude de caractère et de série B ultra-violente, un film culte en puissance en ce qu’il ne ressemble qu’à lui-même. Vince Vaughn, crâne rasé et carcasse de colosse taiseux, y domine l’écran dans le rôle de Bradley, coursier pour un trafiquant de drogue qui replonge derrière les barreaux après un deal foireux. Le prison prend des allures de descente progressive aux enfers au fur et à mesure que Bradley, homme de principe et combattant impitoyable, réduit ses adversaires en bouillie pour sauver sa femme kidnappée. C’est du bis, certes, mais c’est aussi un coup de maître.

Les évadés de Maze

La guerre civile irlandaise fournit depuis des années une matière inépuisable au cinéma britannique, et Les évadés de Maze, qui arrive après des titres aussi marquants que Bloody Sunday ou 71’, parvient à trouver un angle rafraîchissant pour raconter le conflit. Dans ce film de Stephen Burke, l’opposition entre loyalistes et séparatistes est reproduite dans le cadre confiné de la prison de Maze, conçue spécifiquement par la Couronne pour emprisonner les combattants de l’IRA. Comme son titre l’indique, Les évadés de Maze se consacre à la préparation d’une grande évasion qu’un militant indépendantiste fomente tout en tenant tête à l’un de ses plus impitoyables gardiens… Le contexte historique passionnant apporte un surplus d’intérêt à ce drame plein de suspense, sélectionné au dernier Festival de Beaune.

The Guard

Avec son petit budget, son traitement aride d’un sujet presque sorti de l’actualité, The Guard est passé un peu inaperçu lors de sa sortie en France. Le claustrophobique film de Peter Sattler compte pourtant en tête d’affiche la populaire Kristen Stewart, qui incarne une frêle, mais solide femme soldat, chargée de surveiller les détenus (et non pas les prisonniers) du tristement célèbre camp de Guantanamo. The Guard reconstitue le rituel déshumanisant de cette prison qui ne dit pas son nom, où les gardiens surveillent des supposés terroristes en perpétuelle attente de procès. Le film, anti-spectaculaire et intimiste, se concentre sur la relation qu’établissent dans ce cadre étouffant l’héroïne et Ali, un détenu cultivé et sarcastique. Un pas de deux platonique au cœur d’un drame pas toujours transcendant, mais salutaire.

The Prison

Spécialiste du polar qui fait mal, le cinéma sud-coréen ne pouvait que s’emparer du film de prison pour lui appliquer ses recettes. Avec The Prison, le contrat est rempli, même s’il ne faut pas s’attendre à une représentation crédible du monde carcéral. Ici, le pénitencier où vient s’échouer un flic ripou qui rejoint les truands qu’il a contribué à faire tomber s’avère être une véritable passoire. Au-dessus des gangs et de l’administration s’élève en effet un génie du crime qui a tout pouvoir, y compris celui de commettre des braquages à l’extérieur avec ses codétenus… Viril jusqu’à l’excès, généreux en bastons générales et en rebondissements, The Prison est le prototype du divertissement qui ne se pose pas trop de questions, quitte parfois à ressembler à des séries B comme Coups pour coups ou Le dernier château.

Kill the Gringo

Bien avant que la bande à Will Ferrell et son Tu ne tueras point ne contribuent à son retour sous les projecteurs, le banni Mel Gibson a effectué une longue traversée du désert, ponctuée de quelques premiers rôles dont ce Kill the Gringo plutôt réjouissant – et qu’il a sans doute coréalisé. Incorrect et malpoli, le film précipite un Mel buriné et cynique dans une geôle mexicaine aux allures de cour des miracles : un bidonville en circuit fermé où son personnage, aussi brutal que malin, doit se débrouiller grâce à son instinct. Un peu bordélique, surtout au moment de son troisième acte, Kill the Gringo accumule malgré tout de bonnes idées pour faire vivre ce pénitencier aux règles absurdes, à l’intérieur duquel le film lâche un comédien prêt à tout pour faire le show.

Felon

Petite production au casting trois étoiles, Felon est le deuxième film de cette sélection à être signé par Ric Roman Waugh, décidément un habitué du genre. Dans ce long-métrage antérieur à Shot Caller, vraisemblablement marqué par la série Oz, un Stephen Dorff qu’on a rarement vu aussi bon incarne un père de famille condamné à plusieurs années dans une prison de haute sécurité. Malmené par les gangs, il a la chance d’être pris sous son aile par un condamné à vie mystique, incarné avec une visible jouissance par un Val Kilmer au physique massif. Leur rédemption mutuelle passera par de multiples épreuves, mises en scène avec une énergie indéniable, au fil d’un scénario d’une simplicité biblique. Direct, sans pathos excessif, Felon fait partie de ces films modestes qui se bonifient avec le temps.

Rescue Dawn

Rescue Dawn est un mystère. Pourquoi ce film de guerre, reposant sur le pouvoir d’attraction d’un Christian Bale embauché entre deux Batman, a-t-il échappé à une sortie en salles ? Resté méconnu depuis lors, le film de Werner Herzog peut revendiquer pourtant une belle performance de l’acteur américain, qui accepte une nouvelle fois de s’amaigrir pour incarner le pilote de chasse Dieter Dengler. Abattu au-dessus du Laos en 1966, il devient le premier prisonnier du Vietnam à avoir réussi à s’échapper, après des mois de torture. Récit sur la résilience, l’instinct de survie et bien sûr, la liberté (Bale et son compère Steve Zahn, bouleversants, endurent un périple tout aussi brutal une fois dans la jungle), Rescue Dawn est une aventure inoubliable, sur un thème qui obsédait Herzog, lequel avait déjà consacré un documentaire, Little Dieter needs to fly, à ce personnage tragique.