The Convert : l’ultime voyage fascinant de Lee Tamahori

par | 19 janvier 2026

The Convert : l’ultime voyage fascinant de Lee Tamahori

Épopée tragique, The Convert s’appuie sur une luxueuse reconstitution et un récit captivant pour nous immerger dans l’histoire Maori.

The Convert : aux confins du monde, réalisé par le regretté Lee Tamahori, disparu en 2025, est l’œuvre d’un cinéaste qui connaissait intimement son sujet. Fils d’un père maori, le réalisateur aborde l’histoire de ce peuple, rarement traitée au cinéma – l’un des rares souvenirs récents est The Dead Lands en 2014 – avec une vraie légitimité et une connaissance de ses traditions et de ses blessures. Dès l’ouverture, The Convert annonce clairement son propos à travers un texte introductif : au 19e siècle, le territoire maori (qui ne s’appelait pas encore Nouvelle-Zélande, mais « Aotearoa ») est bouleversé par l’apparition de l’arme à feu et du christianisme. Deux éléments qui vont changer durablement l’équilibre de cette société tribale.

La caméra survole une jungle dense avant de révéler l’immensité de la mer de Tasman en 1830. Sur une mer agitée, un navire se bat contre les vagues. À son bord, Thomas Munro (Guy Pearce) tente de calmer un cheval paniqué. Une tragédie nous permet d’apprendre que Munro est à la fois révérend, ministre et dessinateur, soit un homme cultivé et profondément habité par sa foi, mais marqué par un passé guerrier traumatisant. Un personnage complexe, loin d’être un simple témoin occidental des événements et que Tamahori va s’appliquer patiemment à décrire.

Conflit en terre inconnue

The Convert : l’ultime voyage fascinant de Lee Tamahori

Débarqué sur la terre des Maori, Munro se retrouve confronté à la barrière de la langue, mais aussi de leur culture et se trouve démuni face à ces coutumes qu’il ne comprend pas. The Convert décrit avec justesse ce choc des civilisations, et ne s’interdit pas des scènes d’une brutalité glaçante, révélant un monde régi par des codes aux antipodes de ceux des colons anglo-saxons. Munro apprend à connaître Rangimai (Tioreore Ngatai-Melbourne), une veuve brisée qu’il sauve en échangeant sa vie contre celle de son cheval, puis Charlotte (Jacqueline McKenzie, vue récemment dans Canicule 2 : Sauvage), qui connaît ce peuple et parle sa langue. Le film offre de rares moments de douceur : des images apaisantes de la forêt, une scène d’apprentissage de danse traditionnelle, portée par une musique en harmonie avec la nature environnante. Des instants en suspension dans un film traversé par une tension permanente.

« Lee Tamahori a œuvré avec talent à la reconstitution d’un monde disparu, riche en détails fascinants. »

Lorsqu’un membre de la communauté maorie est retrouvé assassiné, The Convert se transforme en un western haletant, porté par un Guy Pearce remarquable d’implication. Son personnage doit prendre des décisions lourdes, guidé par sa foi et son idéal de justice. Rangimai évolue elle aussi de manière frappante : elle devient une figure de résilience qui reprend son destin en main. Le film traite en filigrane, sur fond de paysages naturels époustouflants, entre jungles verdoyantes et océans déchaînés, des questions d’intégration, des changements irréversibles, cycliques, que connaît chaque civilisation. Tamahori a œuvré avec talent à la reconstitution d’un monde disparu, riche en détails fascinants.

Le récit de The Convert converge inéluctablement, avec l’introduction des armes à feu, vers une bataille finale d’une extrême brutalité, et portée par une atmosphère étrange, avec le chant des oiseaux pour ponctuer les moments de calme après la tempête. C’est dans son épilogue, montrant la marche en avant inéluctable du monde colonial et le destin de Munro, l’homme de foi exilé à l’autre bout du monde, que The Convert dévoile le sens de son titre. Ses choix de vie forment un symbole puissant, à la fois d’intégration et du changement irréversible qui a saisi cette terre et son peuple. Une transformation gravée dans la peau.