Twinless : l’art de se perdre dans le regard d’un autre

par | 23 février 2026

Twinless : l’art de se perdre dans le regard d’un autre

Dylan O’Brien incarne brillamment un jumeau orphelin de son double dans Twinless, drame émouvant aux multiples rebondissements.

Entre drame intime et thriller aux frontières floues, Twinless nous plonge dans les méandres du deuil, de cette solitude qui ronge et d’un besoin de substitution qui frôle l’obsession. Le film tisse avec finesse un suspense tout en émotions, interrogeant le lien si particulier qui unit les jumeaux et la fragile construction de notre identité. Porté par une performance saisissante de Dylan O’Brien (aux antipodes de son rôle récent de boss méprisable dans Send Help), on y découvre la vulnérabilité et le tourment d’un homme qui a perdu sa moitié.

Présenté initialement au festival SXSW d’Austin e 2023, Americana a mis plus de deux ans à trouver un distributeur aux USA, avant une sortie en salles discrète en août 2025, soldée par un échec (1M de dollars de recettes). Le film s’est ensuite frayé un chemin jusqu’aux salons français, avec une sortie sur HBO Max en décembre.

Une connexion trop parfaite

Twinless : l’art de se perdre dans le regard d’un autre

Chicago, 2019. L’histoire s’ouvre sur un enterrement hivernal mystérieux. Peu après, dans une salle communautaire un peu triste, se tient un groupe de parole pour ceux qui ont perdu leur jumeau. L’animatrice tente, maladroitement, un humour noir qui ne fait que glacer l’atmosphère. C’est là que Roman (Dylan O’Brien) croise le chemin de Dennis (James Sweeney (II), également réalisateur et scénariste du film). Une étrange connivence naît de leur vide partagé, de cette vie autrefois en duo devenue un solo brutal. Ils dînent ensemble, parlent de chagrin, de solitude, et finissent par se voir régulièrement, pour des courses ou de simples silences complices.

« Entre romance naissante et amitié profonde, la vie de Roman et Dennis naviguent petit à petit dans un entre-deux qui ne peut que mal se terminer. »

Mais le récit prend un virage inattendu lorsqu’on apprend que Dennis entretenait une relation intense avec Rocky, le jumeau de Roman (toujours O’Brien, donc, dans une prestation aussi charismatique et confiante qu’elle est douloureuse et repliée sur elle-même avec Roman). Une liaison physique où Rocky évoquait souvent son frère. Puis Rocky s’est éloigné. Dennis le surprend avec un autre homme, manque de l’écraser sous sa voiture et, dans un instant tragique, Rocky s’avance vers lui avant d’être mortellement fauché. Dennis assiste à l’enterrement, caché dans la foule, avant de se rendre au groupe de parole où il se rapproche de Roman. Une révélation inattendue va alors nous frapper…

L’amitié comme miroir déformant

Twinless : l’art de se perdre dans le regard d’un autre

L’amitié troublante entre les deux héros de Twinless est d’autant plus étrange qu’elle repose sur un mensonge. Leur lien est mis à rude épreuve lors d’une agression homophobe, tandis qu’une fête d’anniversaire – filmée en écran divisé, déguisés en personnages des Sims – joue malicieusement avec le thème du double et de la substitution. Quand Roman rencontre Marcie (Aisling Franciosi, The Nightingale), une collègue de Dennis, c’est le coup de foudre. Un double rendez-vous les réunit avec Dennis et l’ancien amant de Rocky ; la caméra tourne lentement autour de la table, capturant chaque tension non dite. Dennis observe, partagé entre jalousie et fascination, Roman embrasser Marcie.

Lors d’une sortie à trois, Marcie commence à percer à jour la vérité concernant Dennis, qui simule une crise d’angoisse. Entre romance naissante et amitié profonde, la vie de Roman et Dennis naviguent petit à petit dans un entre-deux qui ne peut que mal se terminer. Le film peut ainsi perdre le spectateur avec ces nombreux rebondissements. Mais quand Twinless approche de son dénouement, autour d’une simple discussion, les mots de ces deux héros comme amputés d’une partie de leur vie – mais pas la même – se synchronisent parfaitement, là où tout, au début, les opposait. Le film s’achève sur cette ambiguïté troublante : entre l’impossible remplacement et l’étrange symétrie née d’un mensonge.