War Machine : quand Predator rencontre La guerre des mondes
Débutant comme un drame militaire, War Machine se transforme en survival SF prévisible et sans originalité, mais brutal et efficace.
Parce qu’ils cartonnent souvent sans ambiguïté auprès de ses abonnés, les films d’action sont une valeur refuge pour Netflix, qui en produit à la dizaine chaque année. Leur taux de réussite reste néanmoins, disons-le poliment, assez moyen, et Patrick Hugues en sait quelque chose. Le réalisateur australien d’Expendables 3 et Hitman & Bodyguard avait déjà signé pour la plateforme une comédie d’action totalement oubliée, The man from Toronto, qui semblait à mille lieues de sa zone de confort. Avec War Machine (à ne pas confondre avec la satire de 2017 également sur Netflix), dont il est à l’origine niveau scénario, le cinéaste reprend la main. Il emballe un divertissement aussi bas du front qu’attendu, dont le rythme alerte et la déférence aux nombreuses influences qu’il convoque (Predator, La Guerre des mondes, Le maître de guerre…), ainsi qu’une brutalité frontale étonnante, permettent d’atténuer ses évidents défauts.
On a écharpé la 75e compagnie
Les machines de guerre de War Machine, à première vue, sont des humains. Pas des héros scintillant, non : juste des matricules, de la chair à canon en puissance tentant de survivre à l’entraînement des Rangers, 75e régiment d’élite de l’infanterie américaine. En tête de peloton, impossible de ne pas distinguer la silhouette colossale de « 81 », troufion traumatisé par une tragédie en Afghanistan, auquel le nouveau héros mastoc de l’action US Alan Ritchson (Reacher, Le ministère de la sale guerre) confère une stoïque solennité. Leader contre son gré de son escouade, il tombe en plein entraînement à Fort Benning sur une machine de guerre bien plus littérale : un OVNI du genre belliqueux et impitoyable, qui démastique bientôt les soldats interchangeables qui entourent 81. Ritchson devient le Schwarzie de notre époque dans cet univers : dépassé sur tous les plans, notre héros va devoir faire preuve d’une invraisemblable résilience et d’un peu de malice pour surmonter cette menace venue de l’espace…
« C’est simple, c’est même simpliste, c’est d’une simplicité à pleurer des larmes de lamentation. »
Patrick Hugues raconte avec honnêteté qu’il aurait aimé garder le twist de War Machine secret. Que le spectateur, sans le savoir, s’aperçoive à mi-parcours que le drame militaire, plutôt correct, qu’il regardait, avait un titre à double sens et se révélait être un survival de science-fiction payant son hommage sincère à Predator, avec une créature robotique évoquant un ED-209 sous stéroïdes faisant exploser ses victimes en mille morceaux. Netfix en a décidé autrement, et participe de ce fait au manque de surprises qui caractérise ce film un peu bicéphale. Qu’il s’agisse d’expliciter le traumatisme dont 81 doit se remettre ou de prévoir le moment où chacun de ses camarades va connaître une mort douloureuse, War Machine fait dans le prévisible, le prémâché, le déjà-vu. Pourtant, ce script très bisseux qui vire dans sa deuxième partie à la simulation de jeu vidéo tapissée de surcouches numériques est élevé par le montage percutant et les choix de production de Hugues.
Dépaysant par ses décors naturels, le film impose un rythme soutenu, l’escouade survivante devant à la fois affronter les éléments qui l’entourent et une machine à leur poursuite en apparence indestructible. C’est simple, c’est même simpliste, c’est d’une simplicité à pleurer des larmes de lamentation. Mais War Machine est une série B au budget de série A qui s’assume, qui peut lâcher un petit hommage à Christine dans son final ou saupoudrer son histoire d’explosions gore inhabituelles chez Netflix, sans prévenir, pour le fun. Le long-métrage se vautre parfois salement. Dans un choix de musique fonctionnelle, un premier acte inutilement sur-explicatif ou lors d’une conclusion au son du clairon, aux relents patriotiques bien malaisants. Il procure néanmoins des plaisirs simples et immédiats, confectionnés avec un soin visible. C’est déjà bien plus que ce qu’on espérait !
