Les Spécialistes : un vrai boulot de mercenaire

par | 3 septembre 2026

Les Spécialistes : un vrai boulot de mercenaire

Guy Ritchie continue avec Les Spécialistes à livrer des films d’action avec du style à revendre, mais totalement interchangeables.

Même si elle s’avère compliquée à suivre, la carrière récente de Guy Ritchie a au moins le mérite d’être accessible : depuis Un homme en colère en 2021, son remake du Convoyeur, les longs-métrages du cinéaste britannique sont tous sortis sur les plateformes de streaming. Et le bougre ne chôme pas. En plus de ses séries Netflix (comme The Gentlemen, tiré de son propre film de 2019), Ritchie a réalisé cinq films en trois ans, dont Les Spécialistes, tourné en 2023, mais baladé d’un distributeur à un autre jusqu’à ce qu’il soit bazardé sans bruit sur les écrans US, et directement sur Prime Video en France. La même plateforme où sont venus s’échouer Opération Fortune et Le ministère de la sale guerre. Les Spécialistes est de la même trempe : sous le vernis d’une comédie d’action au casting clinquant et au budget confortable se planque un divertissement aussi consistant qu’une aspirine dans un verre d’eau. Ritchie s’assure que le résultat ne soit jamais ennuyeux, mais à quoi rime cette suractivité, s’il s’agit juste de produire des films aussi interchangeables ?

De l’action qui ne se passe vraiment pas d’explications

Les Spécialistes : un vrai boulot de mercenaire

Depuis ses premiers films, Ritchie s’est fait une spécialité des montages alternés frénétiques arrosés de voix off pour nous plonger dans une intrigue alambiquée. Mais le réalisateur, également scénariste, redouble d’explications pour pas grand-chose. Rachel Wild (Eiza Gonzalez, qui était déjà de la partie pour Le ministère de la sale guerre) est une avocate de haut vol envoyée par son cabinet à la « poursuite » du richissime criminel Manny Salazar, un mini-Fidel Castro à la tête de sa propre armée sur son île, et qui doit rembourser un prêt d’un milliard de dollars. Wild décide de faire pression sur Salazar en s’attaquant à ses entreprises et business opaques à travers le monde, tout en préparant un plan d’extraction, à l’aide de ses « boys », Sid (Henry Cavill) et Bronco (Jake Gyllenhaal). Deux mercenaires d’élite à sa botte, qui anticipent avec leur équipe toutes les éventualités pour s’échapper de l’île de Salazar, quitte à faire du dégât sur leur route…

« Guy Ritchie se surpasse pour expliquer, par la voix d’Eiza Gonzalez le plus souvent, absolument tout ce qui se passe à l’écran. »

Malgré ses atours de thriller financier abusant de jargons économiques divers et variés, aucun risque que vous soyez perdu en découvrant Les Spécialistes. Ritchie se surpasse pour expliquer, par la voix de Gonzalez le plus souvent, absolument tout ce qui se passe à l’écran, tout du moins dans les deux premiers actes. C’est bien simple, le film pourrait être converti en livre Audible sans que l’on y perde vraiment en intérêt visuel. Tout comme les titres précédemment cités, ou le déjà oublié Fountain of Youth sur AppleTV, Les Spécialistes s’amuse à nous faire faire le tour du monde, en sautillant d’un montage commenté à un autre. Mais l’ensemble tourne vite en rond (assortie d’une belle migraine à cause de ce déversement continu de narration), puisqu’on comprend qu’il sera impossible de s’attacher à ces personnages qui commentent plus qu’ils ne vivent l’action. Cavill et Gyllenhaal ont beau être charmants dans leur numéro cripto-gay de barbouzes préparant des plans façon L’Agence tous risques avec un détachement constant, ils ne seraient sans leur charisme inné que de pures coquilles vides, sans intérêt ni aspérité. Et encore, leurs acolytes ayant à peine le droit d’avoir un nom sont encore plus mal lotis (en plus d’être sacrifiés de manière souvent crétine).

Certes, Les Spécialistes a le mérite de ne pas s’attarder, d’être pétaradant dans son climax – encore heureux, vu le temps que Ritchie passe à nous le présenter. Mais tout ici paraît futile, désuet, comme une démonstration de compétence de la part de tous les acteurs impliqués d’où auraient été extirpées à la fois l’ambition et la personnalité. Le cinéaste gagnerait peut-être à ralentir à la cadence et à monter ses projets avec plus de soin, s’il ne veut pas qu’on se souvienne de lui comme d’un mercenaire du divertissement à digestion instantanée…