Apex : traque mollassonne en terre sauvage
Le duel entre Charlize Theron et Taron Egerton débouche dans Apex sur un survival générique et ennuyeux, malgré son beau décor.
Nouvelle tentative de Netflix d’émuler la série B des années 90-2000, basée sur un mélange de Wolf Creek et Cliffhanger (et de Vertical Limit, et aussi de La Rivière Sauvage, dont le scénariste Jeremy Robbins avoue être fan), Apex pourrait ravir les amateurs de survivalisme du samedi soir. Cependant, la capacité du film de Baltasar Kormakur (Beast, 2 Guns) à passer à côté de son sujet donnerait presque le vertige. Et si le cabotinage de Taron Egerton et quelques séquences de grimpette en montagne peuvent faire rouvrir les yeux aux amateurs de sensations fortes et de free solo, c’est l’ennui qui est finalement l’adversaire le plus dangereuse de cette histoire.
Les chasses du comte Egerton
Sasha (Charlize Theron, dont la carrière post Fury Road continue d’interroger), amatrice de sensations fortes jamais rassasiée, se remet difficilement de la mort de son compagnon Tommy (Eric Bana, qui passe une tête entre deux saisons d’Une Nature Sauvage), décédé suite à un accident d’escalade en haute montagne – comme un clin d’œil à l’Everest réalisé par Kormakur. En voulant repousser ses limites seule dans un territoire dangereux de l’Australie lors d’une séance de kayak de l’extrême, elle va se retrouver désarmée face à un danger plus terrifiant que la Nature : l’Homme – ou plutôt l’un de ses pires représentants, Ben (Taron Egerton), un maniaque de la chasse à l’homme, ou ici à la femme.
« Avec son scénario générique narrant l’acceptation du deuil au travers d’une épreuve de survie, le film ne décolle jamais vraiment. »
Mélangeant décors naturels époustouflants (l’équipe a posé ses caméras dans le parc national des Blue Mountains, à une heure de Sydney), studio et effets numériques, Apex avait tout pour être une chouette série B linéaire et brutale, en plus d’être dépaysante. Cependant, avec son scénario générique narrant l’acceptation du deuil au travers d’une épreuve de survie, le film de Baltasar Kormakùr ne décolle jamais vraiment. Si Taron Egerton semble s’amuser comme un petit fou dans un rôle au mieux incohérent, face à lui, Theron confond malgré son engagement physique intensité et regards vides et rate le coche lorsque la proie devient le prédateur. Pire, on se demande même si la mort de son partenaire est si difficile à supporter, tant le sujet semble être traité par-dessus la jambe.
L’amour (modéré) du risque
Il faut donc se concentrer sur ce qui reste : cette course-poursuite mollassonne dans un environnement supposément hostile. Mais n’est pas McTiernan (Predator) ou John Boorman (Délivrance) qui veut, et la nature manque cruellement de relief. Malgré un tel décor, et un antagoniste censé mieux connaître le terrain que sa victime, on se doit se contenter de l’éternelle lutte contre des courants d’eau (on est pourtant en Australie, où les périls ne manquent pas !). Un twist convenu ne glacera le sang qu’aux spectateurs non habitué aux survivals. Il en va de même pour les séquences d’escalade qui, même si elles sont mieux réussies et soignées que le reste du métrage, pêchent par leur patine numérique, et font rarement ressentir le frisson des hauteurs. Apex n’est au final qu’un nouvel exemple de film de plateforme interchangeable et bancal, dont aura oublié l’existence au prochain « tudum ».
