G.O.A.T. : l’ascension ou le sacrifice ?
Thriller horrifique original, G.O.A.T. repeint en rouge le football américain professionnel. Avec style mais aussi une grande confusion.
Réalisateur sur de nombreuses séries TV et sur le méconnu Kicks, Justin Tipping comptait bien se faire remarquer avec HIM (retitré chez nous G.O.A.T., en tout cas sur la première affiche promotionnelle du film). Produit par la société de Jordan Peele, Monkeypaw Productions, G.O.A.T. a pour ambition de fusionner le film sportif, l’horreur et le thriller psychologique dans le monde du football américain. Mais en hésitant entre drame, satire et épouvante, ce long-métrage très stylisé ne parvient jamais à trouver son identité. Confus et trop exagéré, il finit par affaiblir sa réflexion sur la quête du « GOAT » (le meilleur joueur de tous les temps en bon français) au lieu de l’approfondir, ce qui explique son échec auprès du public américain – et l’annulation, par la suite de sa sortie salles en France.
Sous influences… mais de quoi ?
Tout commence par une scène fondatrice : le jeune Cameron Cade (Tyriq Withers) regarde un match avec sa famille. Sur le terrain, la star du football, Isaiah White (Marlon Wayans), mène son équipe, les Saviors, à la victoire. Quarterback d’exception, il incarne déjà une figure mythique. Mais ce triomphe est assombri par une blessure brutale qui rappelle la violence inhérente à ce sport : les chocs répétés, les risques de commotions et les carrières souvent écourtées. Quatorze ans plus tard, Isaiah est toujours là. Dans un monde où la longévité est rare, surtout pour un quarterback constamment pris pour cible, chaque match est un combat. Cameron, lui, est devenu un jeune espoir, qui semble destiné à devenir le prochain « Greatest Of All Time ». Mais lors d’un entraînement, tout bascule : victime d’une agression, il subit un traumatisme crânien qui devrait mettre fin à sa carrière. C’est alors qu’il se rapproche du cercle très fermé d’Isaiah White.
« Malgré ses qualités, G.O.A.T. peine à maintenir une narration claire. »
Contre toute attente, Cade est invité à le rejoindre dans sa propriété isolée, un lieu presque hors du temps, garnie de portraits monumentaux et mégalomaniaques. À partir de là, G.O.A.T. glisse dans une ambiance malsaine, entre préparation physique extrême et dérive psychologique. Le corps de Cade est réduit à un simple outil de performance. Les méthodes d’entraînement deviennent de plus en plus inquiétantes : bains glacés pour repousser les limites de la récupération, injections à répétition, tests physiques absurdes et violents… Une manière d’aborder les dérives du dopage biologique et des pratiques pseudo-médicales dans le sport de haut niveau.
Le système qui fabrique les héros
Poussé au-delà de ses limites, Cameron entre dans une spirale de transformation, signe que les injections commencent à altérer artificiellement son corps, à le rendre imperméable à la douleur. Un secret terrible est caché dans cet univers célébrant le culte de la performance, voire de la vie éternelle. Les transfusions que le héros subit deviennent un symbole clair de transmission d’un héritage. Quand les hallucinations commencent à faire leur apparition, Justin Tipping multiplie les effets visuels ostentatoires : les os apparaissent sous la peau, les impacts résonnent comme des fractures internes. Le terrain se transforme en espace sacrificiel. Cameron, couvert de sang, doit signer un contrat pour intégrer la ligue professionnelle. Le comité exige une soumission totale, et la question centrale devient de savoir si Cameron est prêt à suivre les traces d’Isaiah ou à respecter les valeurs transmises par son père. Une histoire d’héritage, là encore.
Malheureusement, malgré quelques idées intéressantes, une poignée d’images qui impriment la rétine, et un univers plutôt original, G.O.A.T. peine, on le répète, à maintenir une narration claire. Son mélange des genres, plutôt que d’ouvrir un champ des possibles excitant, laisse un sentiment de confusion générale, avec notamment des scènes gore qui paraissent un peu incongrues. Seule la scène finale, où Cameron parvient à faire le choix crucial qui définira son avenir, parvient vraiment à marquer les esprits.
