Get Duked ! : scouts toujours !

par | 5 septembre 2020 | À LA UNE, Critiques, VOD/SVOD

Get Duked! : Scouts toujours !

Le gratin du cinéma Britannique — Eddie Izzard, Kate Dickie, James Cosmo et Jonathan Aris, excusez du peu — s’éclate dans cette comédie gentiment corrosive.

Au premier abord, Get Duked! ressemble à une simple farce en kilt grasse et mal élevée. Dean, Duncan et DJ Beatroot (sic), trois cancres vaguement délinquants débarquent dans la campagne écossaise pour participer à une randonnée d’orientation sponsorisée par un mystérieux Duc. Bien décidés à se faire la belle le plus vite possible, ils doivent s’associer avec Ian, un camarade particulièrement motivé par ce défi qui essaye de les convaincre de réellement tenter l’aventure. Au fil de leur périple, bon an mal an, ils vont croiser des agriculteurs mélomanes, des aristocrates psychopathes… et s’abreuver d’excréments de lapins hallucinogènes.

La revanche des outsiders

Get Duked! : Scouts toujours !

L’intérêt du film de Ninian Doff réside dans sa maîtrise de la satire. Sous couvert de blagues pour adolescents attardés, il déploie un scénario bien ficelé, toujours surprenant et drôle. Le film insuffle également une dimension horrifique qui vient enrichir l’histoire. Même si les effets spéciaux ne sont pas incroyables, le réalisateur, venu de l’univers du clip, maintient un rythme bondissant dès les premières minutes, bien aidé par les apparitions successives de visages connus du cinéma d’outre-Manche : l’inévitable James Cosmo, le fantasque Eddie Izzard, Kate Dickie (The Witch, Game of Thrones)… Le scénario se perd doucement dans des incartades psychédéliques un peu longues, avant qu’une diatribe sociale improbable mais pointue, s’invite dans cette bouffonnerie décidément singulière.

« Il y a de quoi se délecter de la réponse de la « jeunesse perdue » consistant à remettre en cause l’autorité et la responsabilité de ceux qui nous gouvernent. »

Lutte des classes, conflits intergénérationnels, écologie et fin du monde : Get Duked! s’en donne à cœur joie pour faire passer ses messages derrière le prétexte de survival dans les Highlands. Si les jeunes désœuvrés sont traqués pour le sport par des personnes de l’âge de leurs grands-parents, sous le regard impuissant, mais bienveillant d’un homme d’âge « moyen » représenté par un professeur dépressif, c’est bien pour caricaturer des tensions sociales bien réelles. Il y a de quoi se délecter de la réponse de la « jeunesse perdue » consistant à remettre en cause l’autorité et la responsabilité de ceux qui nous gouvernent, incapables de maintenir des emplois pérennes et détruisant notre écosystème.

Au final, à l’inverse du tout aussi étonnant The Hunt, qui utilise également la métaphore de la chasse à courre à des fins politiques, Get Duked! ne choisit pas de renvoyer tout le monde à ses contradictions. Il enterre définitivement les vieux principes frelatés et fait marcher ses héros vers un avenir courageux et solidaire. C’est mignon !