Made in Korea : un voyage initiatique trop gentillet

par | 30 avril 2026

Made in Korea : un voyage initiatique trop gentillet

Une jeune Indienne tente de se faire une vie en Corée du Sud dans ce Made in Korea parfois attachant, mais trop sommaire et conservateur.

Les sorties Netflix de films indiens se succèdent à un rythme soutenu en 2026, mais toujours assez discrètement en France. Même lorsque ces films bénéficient, et c’est rare, d’un doublage français. C’était le cas ces derniers mois pour Accused, Mardaani 3, Tu Ya Main, Toaster… et Made in Korea donc en mars dernier. Les rares échos entourant cette production promettaient un film feel-good, voyage initiatique entre l’Inde (du sud et la région du Tamil-Nadu) et la Corée du Sud. Plutôt original, et au vu du succès des productions coréennes chez Netflix, de quoi peut-être apporter un peu de lumière au long-métrage ?

Made In Korea suit une jeune femme, Shenbagam (Priyanka Mohan), surnommée « Shenba » après avoir incarné enfant, au spectacle d’école la reine coréenne Shenbavalam, qui serait originaire du Tamil Nadu. Elle se prend de passion pour ce pays et sa culture, et nous permet de découvrir le lien entre ces deux pays, qui se traduirait par plus de 500 mots tamouls existant dans la langue coréenne, dans la cuisine par exemple.

Une ambiance K-pop Tart ?

Made in Korea : un voyage initiatique trop gentillet

Se sentant à l’étroit dans sa campagne indienne et dans la volonté familiale (et patriarcale) de la voir reprendre le restaurant familial, Shenba rêve de découvrir, voire de s’installer en Corée du Sud, qu’elle idéalise via les K-Dramas et artistes K-Pop, tapissant les murs de sa chambre, et symboles pour elle d’une plus grande liberté. Dans ce projet secret, elle est soutenue par son petit ami, mais c’est finalement seule et pas vraiment préparée qu’elle partira s’installer à Séoul.

Dans un premier temps, Made In Korea tient sa promesse dépaysante, notamment grâce à la découverte bon enfant de ce lien culturel méconnu (entre légendes et histoires communes). On se laisse porter par cette ambiance et son héroïne attachante, dans sa découverte de la Corée où elle ne trouvera pas son compte là où elle l’attendait. Malheureusement sur la forme, le résultat tombe vite à plat. Si certains plans en Inde peuvent être de qualité, bien qu’un brin « National Geographic », beaucoup de scènes en Corée cherchent à faire « modernes » et d’où des images très numériques, trop contrastées/saturées, montées comme un vlog promotionnel agressif et trompeur. La réalisation est trop timide et très sommaire : cela se ressent dans le rythme, ou le manque d’intensité ou d’émotions, aucune scène ne nous marquant durablement.

« C’est un récit initiatique gentil, mais timoré, qui ne profite pas assez de son environnement ou même de ses personnages. »

Sur le fond aussi, Made in Korea peut décevoir, ou a minima surprendre. Déçue par certains aspects de la société qu’elle avait fantasmé, c’est dans la tradition coréenne (notamment le respect des aînés incarné par une grand-mère, et l’ouverture d’un restaurant de quartier familial) qu’elle trouve son véritable équilibre. Une prise de conscience qui l’amène à reconsidérer la quête de son voyage initiatique. Et si, finalement, elle n’était pas si mal chez elle ? Message pas évident à tenir que de fuir le « patriarcat traditionnel » pour s’épanouir finalement dans les valeurs conservatives coréennes… En conclusion Made in Korea en raconte assez peu malgré sa durée et méritait de plus insister sur les différences ou les points communs entre ces deux cultures. C’est un récit initiatique gentil, mais timoré, qui ne profite pas assez de son contexte, de son environnement ou même de ses personnages pour donner envie de faire le même voyage.