Night of the Reaper : une nuit sans fin pour le spectateur
Son ambiance de slasher rétro lorgnant sur les années 80 ne sauve pas Night of the Reaper, qui vous fera plus bâiller que frissonner.
Auréolé aux USA du label Shudder et bénéficiant chez nous d’une sortie sur Shadowz, Night of the Reaper semble à première vue s’inscrire dans la lignée des petits plaisirs coupables du catalogue : un slasher sans prétention, à l’ancienne, pensé pour divertir pendant une soirée les nostalgiques d’Halloween. Brandon Christensen, à l’origine du sympathique Superhost en 2021, signe ici un film qui part sur de bonnes bases, mais s’égare pourtant très vite dans une formule tiède incapable de tenir la moindre promesse d’horreur, de tension ou même de fun décérébré.
Un anonyme jeu de massacre
La séquence inaugurale, redoutablement efficace, laisse espérer le meilleur : sens du rythme, mise en scène nerveuse, un tueur au design « sympathique », tout semble présent pour un déchaînement de suspense jubilatoire. Malheureusement c’est non seulement la meilleure scène de Night of the Reaper, mais c’est aussi la seule qui fonctionne réellement. Une sorte de mirage cruel destiné à nous faire croire que la suite ne s’enlisera pas immédiatement dans la médiocrité.
« Blue Moon est sauvé par son montage et son découpage musical. »
Car très vite, le récit s’effondre sous le poids de personnages sans consistance. Qu’il s’agisse de la babysitter Deena (Jessica Clement, Gen V) plongée dans une nuit de terreur, ou du shérif Rodney (Ryan Robbins) entraîné dans une macabre enquête, ils n’ont jamais assez de caractère pour qu’on s’attache à eux et même pas assez de bêtise pour nous faire sourire. Résultat, une combinaison étrange qui les condamne à flotter dans un entre-deux mortel pour un slasher. Un genre qui repose justement sur une galerie de figures mémorables, attachantes ou délicieusement irritantes. Ici, rien de tout ça : juste des silhouettes anonymes auxquelles le spectateur ne peut se raccrocher.
Jusqu’au bout de l’ennui
À ce problème s’ajoute un rythme d’une lenteur abyssale qui donne l’impression que la durée pourtant raisonnable (1h30 tout juste) s’étire à l’infini. La nuit paraît interminable, mais le calvaire du spectateur aussi. L’intrigue peine à avancer, se perd en scènes inutiles et chaque tentative de relancer la tension retombe instantanément faute d’âme ou simplement d’envie. Christensen tente bien de dynamiser l’ensemble par quelques twists qui, sur le papier, auraient pu amener une fraîcheur bienvenue. Hélas, la mise en scène manque tellement de subtilité que même le spectateur le moins attentif les devinera en moins de 30 minutes, laissant un parfum de déjà-vu trop prononcé pour susciter la moindre surprise. Ce n’est pas tant que ces idées soient mauvaises : elles sont simplement mal amenées et exposées sans finesse.
Reste alors un slasher visuellement correct, mais totalement dépourvu d’énergie, de personnalité et d’affect. Night of the Reaper ne parvient jamais à embrasser ce qui fait le charme du genre : excès assumé, second degré, tension ludique. Ici tout semble étouffé, comme sur la retenue. Le résultat est à réserver aux gros nostalgiques slasher, et encore : à ceux qui consomment des histoires de tueur masqué comme un rituel « rassurant », peu importe la qualité. Pour les autres, Night of the Reaper risque surtout de s’apparenter à une longue sieste, dénuée de frisson, de rire et sans véritable raison de s’y attarder.
