Raging Fire : baroud d’honneur à Hong-Kong

par | 25 juillet 2022

Raging Fire : baroud d’honneur à Hong-Kong

Dans un contexte difficile pour le cinéma HK, Raging Fire fait figure de résistant nostalgique. Un film d’action décomplexé !

Ce n’est pas un hasard si vous voyez moins de films hongkongais sur les étals ou en streaming ces derniers temps : la production cinématographique de la péninsule, redevenue chinoise depuis maintenant 25 ans, est en chute libre. Et la répression politique et culturelle de plus en plus dure du régime de Pékin, surtout depuis la loi de censure de 2020, n’est pas étrangère à cet état de fait : les forces vives du cinéma HK doivent composer avec les volontés dogmatiques du gouvernement pour continuer à travailler. Les spécificités locales disparaissent derrière l’appétence pour le marché du box-office chinois : moins de particularismes, moins de rugosité, plus de censure (ou d’autocensure) et de patriotisme et de thèmes compatibles avec le milliard de spectateurs potentiels du pays.

Aujourd’hui, Hong-Kong produit à peine une trentaine de longs-métrages chaque année, loin des centaines de films confectionnés frénétiquement pendant l’âge d’Or des années 90. Le polar d’action, genre phare avec la comédie guignolesque, n’y a pourtant pas dit son dernier mot, comme le prouvent Shock Wave 2, G Storm ou Raging Fire, qui marque à la fois le chant du cygne de son réalisateur Benny Chan, décédé pendant la post-production, et le retour dans cet univers de la star Donnie Yen.

La baston comme au bon vieux temps

Raging Fire : baroud d’honneur à Hong-Kong

Prolifique cinéaste HK, biberonné à l’esprit Film Workshop (il se révèle avec un polar, déjà, Big Bullet) avant de devenir un artisan touche-à-tout plus ou moins efficace (il consterne autant avec Gen-X Cops et Gen-Y Cops qu’il ravit avec les efficaces New Police Story, Connected, Shaolin ou The White Storm), Benny Chan a donc tiré sa révérence avec ce Raging Fire qu’il co-écrit également. Pas un testament de ses qualités scénaristiques, cependant, car le film ne se distingue pas par l’intense originalité de son histoire. C’est même tout le contraire : Raging Fire est, dans sa chair, un film d’exploitation à l’ancienne, dont les mécaniques, les dialogues, les personnages, sont repris et récités comme si le film était sorti il y a 20 ans. Il y a quelque chose de discrètement touchant, pour les spectateurs familiers de cette époque, dans cette volonté programmatique de raconter une intrigue mille fois vue d’opposition entre deux stars masculines, destinées après moult scènes de poursuite, de fusillade et de bagarres, à se mettre une dernière fois une raclée pour faire triompher la justice.

« Rondement mené, joliment photographié, mais handicapé par une sous-intrigue judiciaire, Raging Fire réveille les spectres de Heat, OCTB et Breaking News. . »

Entre le flic dur à cuire (Donnie, bien sûr) et son ancien élève (Nicholas Tse, toujours plus minet que grand acteur depuis Time and Tide, mais affûté physiquement) transformé après un passage en prison en gangster ivre de vengeance, il y a encore du respect, mais pas assez d’amour pour qu’il ne détruise pas la ville en essayant de s’éliminer l’un l’autre. Ce « feu brûlant » du titre, que Benny Chan veut réanimer, c’est le résumé d’un genre qui n’a cessé d’utiliser la topographie d’une ville tentaculaire pour mieux la mettre joyeusement à feu et à sang. Tout y passe, une fois de plus : la bureaucratie tatillonne qui empêche Yen et son escouade de faire le job (mais pas grave, il suffit que Simon Yam fasse un caméo pour que tout soit réglé), le gangster tellement impitoyable qu’il élimine certains de ses propres sbires, l’ami et mentor du héros qui meurt dans une intervention piégée, les descentes de police où on tabasse avant de poser les questions, la fiancée innocente mise en danger… Raging Fire coche toutes les cases, même celles des punchlines assénées comme si c’était la première fois : « Tu vas à pas mal d’enterrements ces derniers temps », lance avec morgue Nicholas Tse lors d’un interrogatoire. « J’assisterai peut-être au tien bientôt » répond Donnie Yen sans rire. Old school, on vous dit !

Le meilleur pour la fin

Et l’action, dans tout ça ? Aucun doute là-dessus, Raging Fire est du genre généreux. C’est presque une garantie locale d’avoir mal pour les cascadeurs, et le film ne lésine pas sur les affrontements qui tapent dur et les fusillades qui envoient les figurants dans le décor. Les effets numériques ne seraient pas hongkongais s’ils n’étaient pas voyants, la surprise n’est donc pas de mise de ce côté-là non plus. Rondement mené, joliment photographié, mais handicapé par une sous-intrigue judiciaire expliquant le passif du personnage de Nichols Tse qui met du temps à décanter, Raging Fire s’énerve réellement dans un climax en pleine rue puis dans une église qui réveille les spectres de Heat, OCTB et Breaking News. Le duel final tant promis est long, vif, sans pitié et somptueusement chorégraphié : un morceau de bravoure en guise de dessert, point final d’un menu jamais surprenant, mais aux saveurs surannées miraculeusement intactes.