Roofman : le retour (trop) discret d’un cinéaste prometteur
Tiré d’une improbable histoire vraie, Roofman joue la carte du film feel good à message, malheureusement plus convenu que mémorable.
Le réalisateur Derek Cianfrance, estampillé « ciné indé US », reste connu et reconnu notamment pour ses 2 films avec Ryan Gosling : les deux drames fiévreux Blue Valentine (avec Michelle Williams) et The Place Beyond the Pines (avec Eva Mendes). Neuf ans après son dernier et discret Une vie entre deux océans et après une série un peu plus remarquée (I Know This Much Is True avec Mark Ruffalo), Cianfrance est enfin de retour au cinéma, ou presque, avec Roofman. C’est un retour par la petite porte puisque, malgré un casting plutôt bankable (Channing Tatum, Kirsten Dunst et Peter Dinklage, excusez du peu), le film n’a pas connu le succès aux USA et dans les pays où il a bénéficié d’une sortie en salles. Conséquence prévisible en France : Roofman est sorti discrètement, le lendemain de Noël (!) sur Prime Video.
Quand l’amour frappe à votre toit
Pour son retour, Cianfrance s’est inspiré pour la première fois d’une histoire vraie. Celle de Jeffrey Manchester (Tatum), un ancien militaire américain devenu braqueur, surnommé « Roofman » pour sa méthode consistant à s’introduire par les toits des magasins, notamment des restaurants McDonald’s. Jeffrey, qui ne peut subvenir à ses différents besoins élémentaires avec son seul revenu d’ex-soldat, décide de braquer des fast-foods le plus paisiblement possible, avec tact et politesse. Cela ne suffit pas pour échapper à la police. Rapidement identifié, il se lance dans une cavale impossible et trouve refuge dans un magasin de jouets, aménageant un abri de fortune derrière de grands présentoirs et se nourrissant de bonbons et autres produits de fortune.
« Roofman est un bon film de dimanche soir, malheureusement vite vu et oublié. »
C’est dans ce Toys’R’Us qu’il croise la route de Leigh (Kirsten Dunst) une employée au grand cœur (notamment quand elle fait face à son patron plutôt antipathique, interprété par Peter Dinklage). « Roofman », caché de tous, observe néanmoins la vie de ce microcosme et tombe assez rapidement amoureux de cette mère de famille célibataire. Cela l’obligera bientôt à sortir de sa cachette et à mener une double vie pour tenter de la séduire, avec l’espoir fou de vivre à nouveau une vie « normale ».
G.I. Joue
Roofman se regarde avec une certaine sympathie : tous les acteurs principaux et seconds rôles sont bons, les environnements détournés de la banlieue américaine et des centres commerciaux – littéralement transformés en refuges – sont colorés. De plus, il est assez facile de se mettre du côté du « gentil braqueur » poussé à prendre le mauvais chemin à cause du système social américain (traitement des anciens soldats, le coût de la santé, déclassement rapide, etc.) et une ambiance feel good plane sur toute l’histoire, malgré son issue inéluctable.
Mais c’est aussi une des limites du film. Cianfrance nous a habitués à des ambiances plus noires, plus réalistes et beaucoup plus marquantes. Roofman aborde trop peu les problèmes de fond et vire assez vite à une rom-com étonnamment convenue de sa part. Le personnage – ou l’interprétation qu’en fait Tatum peut-être ? – est sans doute trop simple, l’histoire trop linéaire. Bref, l’ensemble manque de surprises. Où est la patte du réalisateur ? Aucun doute, Prime tient là un bien beau « produit », mais auquel il manque de l’âme et surtout la vision de l’auteur qu’est Derek Cianfrance, jusque dans la photographie et cette image lumineuse et numériquement propre, loin de l’aspect pellicule, organique et texturé de ses précédents succès. Roofman est un bon film de dimanche soir, malheureusement vite vu et oublié, mais qui ne fait pas perdre espoir dans les qualités de son réalisateur. On espère seulement ne pas attendre 9 ans pour le revoir à l’œuvre !
