Chaque mois de décembre, c’est le même appel du devoir, mêlé de panique : il faut trouver le cadeau de Noël parfait pour la famille. Un véritable casse-tête qui s’avère heureusement plus aisé à résoudre lorsque votre petit cousin ou votre grande sœur est une cinéphile invétérée. Quand bien même, quel film lui offrir ? Avez-vous suivi l’actualité du marché vidéo pour éviter de lui acheter pour la quinzième fois The Dark Knight ? Malgré l’érosion assez nette du pourtant jeune marché du Blu-ray (constat fait dans un encourageant papier de Libération, « Crise et Contentement »), et la dégringolade continue du DVD, le marché de la vidéo reste assez prospère pour voir l’éclosion de nombreuses éditions collector, de remasterisations inespérées de vieux classiques, et de coffrets toujours plus chargés en films et en bonus, pour le grand plaisir des complétistes et des amoureux du bel objet.
Pour s’y retrouver en cette fin d’année 2013, Born to Watch se propose de passer en revue, de manière bien sûr subjective, les grandes sorties vidéo de l’année, et les éditions qui valent le détour si vous voulez marquer les esprits au pied du sapin. Bien sûr, certaines d’entre elles risquent de faire hurler votre portefeuille, mais que voulez-vous, quand on aime…
Le Hobbit : un voyage inattendu, version longue
Si vous aimez : la Terre du Milieu, la Nouvelle-Zélande et les bonus exhaustifs
Pourquoi ça vaut le détour : avant ou après que vous soyez retombés sous le charme du deuxième opus du Hobbit, La désolation de Smaug, il est chaudement recommandé pour les fans de Peter Jackson de se pencher sur cette édition imposante du premier opus, Un voyage inattendu, qui comprend la version longue d’un film qui pour une fois, n’en avait pas vraiment besoin. Aussi resplendissant qu’il soit en Blu-ray, ce premier opus reste pour l’instant le plus faible de la saga initiée par Jackson, même si le spectacle répond (surtout dans la deuxième moitié du film) bel et bien présent.
Le vrai plus de cette édition, pour ceux qui sont familiers des éditions du Seigneur des Anneaux, se trouve en fait dans les deux disques de bonus, appelés ici « Appendices », qui plongent en profondeur dans l’histoire du tournage des films en Nouvelle-Zélande. Il s’agit en fait d’un énorme making-of de 9 heures (!!) qui constitue quasiment une œuvre à part entière, tant elle donne l’impression de suivre des « personnages » dans une quête (tourner un film épique à l’autre bout du monde) aussi passionnante que la fiction elle-même. Dix ans après notre premier voyage aux confins de l’Océanie, la magie fonctionne toujours !
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Pacific Rim, édition limitée « Jaeger »
Si vous aimez : Guillermo Del Toro, les robots qui font « blam ! » et les figurines de votre enfance
Pourquoi ça vaut le détour : le retour attendu de Guillermo del Toro derrière la caméra, après plusieurs projets avortés, a pris la forme d’un fantasme absolu de geek trentenaire nommé Pacific Rim. Film de SF au pitch invraisemblable qui renvoie malgré tout les immondes Transformers à la cour de récré, Pacific Rim n’a pas que des qualités (les dialogues sont plats, le rythme haché, les personnages unidimensionnels) mais propose un spectacle de premier ordre, débordant de générosité, de couleurs et de détails, qui s’apprécie d’autant plus en Blu-ray.
Parmi la pléthore d’éditions proposées à la vente, la plus attrayante demeure la « Jaeger édition » : malgré les apparences, celle-ci ne contient pas une statuette de robot, mais un packaging en relief (logique pour un film en 3D) qui fera merveille placé à côté de votre peluche de Godzilla. Concernant les bonus, c’est comme d’habitude chez Del Toro : ils sont exhaustifs, pléthoriques et passionnants.
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Les enfants loups, édition collector
Si vous aimez : l’animation japonaise, savoir qu’il n’y a pas Miyazaki dans la vie.
Pourquoi ça vaut le détour : même si le studio Ghibli n’a pas été inactif ces dernières années, loin s’en faut, aucun film d’animation nippon n’aura autant marqué les esprits en 2012 que Les enfants loups, production du studio rival Madhouse. Fabuleux conte animiste contant l’enfance et l’adolescence d’un frère et d’une sœur loups-garous, le film marque la consécration de la star maison, Mamoru Hosoda, qui surpassait là son déjà excellent La traversée du temps et l’intéressant Summer Wars (tous deux ressortis en combo pour l’occasion).
L’éditeur Kaze a bien compris l’engouement qui s’était créé autour du film, vrai succès en salles, et a confectionné une massive édition collector reprenant l’intégralité des bonus DVD et Blu-Ray, mais comprenant aussi le roman du même nom écrit par Hosoda lui-même. Une valeur sûre.
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Argo, version longue collector
Si vous aimez : Ben Affleck et les films d’espionnage qui se terminent bien.
Pourquoi ça vaut le détour : succès indéniable des derniers Oscars, Argo, qui réussissait avec une roublardise calculée à mélanger comédie satirique sur Hollywood, reconstitution historique et film d’espionnage, aura également permis à Ben Affleck de donner un sacré second souffle à sa carrière artistique.
Logique, donc, qu’au moment de Noël débarque une édition spéciale de son triomphe : une version plus de longue de 9 minutes du film, toujours présenté en Blu-ray avec une pléiade de bonus (interviews des vrais protagonistes de l’histoire, documentaires sur la CIA et le tournage, etc.) et quelques sympathiques objets, du livre illustré au poster du film dans le film (Argo, donc), ainsi… qu’un faux badge d’agent de la CIA. Roublard jusqu’au bout, donc !
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Lawrence d’Arabie, édition deluxe 50e anniversaire
Si vous aimez : David Lean, Peter O’Toole, le désert et les classiques intemporels.
Pourquoi ça vaut le détour : la première sortie de Lawrence d’Arabie a illuminé au début des années 2000 le marché alors balbutiant du DVD, montrant à travers son somptueux coffret 3 disques à quel point le format pouvait donner à l’objet « film » une nouvelle dimension. À l’occasion de la (spectaculaire) remasterisation 4K du classique de David Lean, l’histoire se répète de belle manière avec ce volumineux coffret « deluxe » célébrant le 50e anniversaire du film avec les fastes qui s’imposent.
Les nombreux suppléments des DVD (y compris ceux offerts à l’époque avec le magazine DVDVision) font toujours partie du voyage, mais le Blu-ray comprend désormais 2h de suppléments inédits, dont une interview du regretté Peter O’Toole, dont le regard bleu restera à jamais associé au désert du Sahara sublimé par le cinéaste britannique. Pour les collectionneurs (et ils sont nombreux), le coffret comprend également un livre souvenir, un extrait de pellicule 70 mm propre à chaque exemplaire, ainsi le CD de la BO de Maurice Jarre. Le genre de musique qui vous pousse à partir illico à dos de dromadaire…
La porte du paradis, coffret prestige en édition limitée
Si vous aimez : Michael Cimino, le western, et découvrir les dessous des films maudits.
Pourquoi ça vaut le détour : Michael Cimino a détruit lui-même sa carrière lorsqu’il entreprit au début des années 80 de tourner La porte du paradis. Western élégiaque et crépusculaire, le film mit en faillite le studio United Artists, fit un bide critique et commercial terrible, et rejeta le réalisateur oscarisé au banc d’Hollywood.
Des années plus tard, le film a été restauré dans sa version longue originale de presque 4 heures. L’éditeur Carlotta a mis les petits plats dans les grands pour offrir l’écrin qui s’imposait à cette œuvre aussi monumentale que suicidaire : un coffret en velours rouge contient des suppléments intéressants (interviews, module sur la restauration), ainsi qu’une tripotée de goodies : CD de la musique de David Mansfield (ironiquement nominée en 1981… aux Razzie Awards), livret rétrospectif de 20 pages, portfolio rempli d’articles – assassins – d’époque, recueil de photos de tournage… Ne manque plus pour compléter ce sublime coffret que le livre de Jean-Baptiste Thoret – présent dans les suppléments – sur le cinéaste, « Les voix perdues de l’Amérique ».
Le roi et l’oiseau, coffret collector
Si vous aimez : l’animation française, Paul Grimault et Jacques Prévert.
Pourquoi ça vaut le détour : c’est sans doute le plus populaire des films d’animations français, qui a attiré presque 2 millions de spectateurs lors de sa sortie en 1980, après avoir remporté le prix Louis-Delluc. Œuvre phare du réalisateur Paul Grimault, qui en cosignait le scénario avec Jacques Prévert d’après le conte d’Andersen, Le roi et l’oiseau a conservé intact, malgré les rediffusions, son pouvoir de fascination : comme tous les grands dessins animés, sa richesse et son style lui permettent de plaire autant aux enfants qu’aux adultes, ce dont saura se souvenir un certain Hayao Miyazaki, qui n’a jamais caché l’influence que ce film avait eu sur lui.
Pour son 33e anniversaire, Le roi et l’oiseau est ressorti dans une prestigieuse édition à petit prix, qui outre le film en différents formats, est rempli de goodies là encore très bien pensés : musique du film en CD, livret bourré d’infos, reproductions d’affiche, de lettres et de partitions d’époque, poèmes de Prévert… Les bonus filmés ne sont pas en reste : on retrouve notamment un documentaire sur Grimault de 1988 réalisé par Jacques Demy. Vous n’avez pas fini de tournoyer avec l’Oiseau…
Coffret Verneuil / Audiard
Si vous aimez : Delon, Gabin, les dialogues d’Audiard et le grand cinéma français.
Pourquoi ça vaut le détour : dévalués à l’époque par la jeune garde de la Nouvelle Vague, les films de Henri Verneuil ont indubitablement regagné le respect qui leur était dû. Impossible de ne pas considérer avec le recul les trois titres qui composent ce coffret « combo », Le Président, Un singe en hiver et Mélodie en sous-sol, comme des classiques indémodables, portés à la fois par la verve d’Audiard, le bagout de Gabin et Belmondo, le charme juvénile de Delon et la réalisation plus subtile qu’elle n’y paraît de Verneuil, grand directeur d’acteurs s’il en est.
Remastérisés à grand frais et présentés en grande pompe au dernier festival Lumière de Lyon, les trois films, également disponibles à l’unité, sont présentés dans des digibook du plus bel effet, avec des livrets intégrés à chaque étui. Les disques sont remplis à ras bord de documentaires et d’interviews, l’occasion de se rappeler avec émotion de cet Âge d’or du cinéma français. Seul regret, l’édition elle aussi incontournable en Blu-ray du Clan des Siciliens, qui rajoutait Lino Ventura à cette prestigieuse brochette de talents, ne fait pas partie du voyage.
Coffret Francis Ford Coppola
Si vous aimez : l’histoire du Nouvel Hollywood, l’expérimentation et les histoires tristes.
Pourquoi ça vaut le détour : les fidèles lecteurs de Born to Watch commencent à le savoir, les films de Coppola nous passionnent, parce qu’ils pâtissent presque tous de l’immense popularité des Parrain et d’Apocalypse Now, qui ont éclipsé le reste d’une filmographie pourtant exemplaire et diversifiée. Alors que le cinéaste-vigneron est sorti de sa retraite pour livrer trois nouveaux films témoignant d’une vigueur insolente, l’éditeur Pathé a surpris son monde en sortant début novembre trois œuvres parmi les plus rares en Blu-ray.
Le plus ancien, Conversation secrète (1974), a valu à Coppola sa première Palme d’Or, et à Gene Hackman l’un de ses meilleurs rôles (qu’il a repris des années plus tard officieusement, dans Ennemi d’État). Le véritable inédit, Coup de cœur (1982), l’a quasiment ruiné après Apocalypse Now, mais regorge d’expérimentations bluffantes. Le plus connu, Outsiders (1983), lui a permis de rebondir en révélant quelques unes des plus grandes stars des années 80. Les trois films bénéficient chacun de suppléments pas-sion-nants, qui permettent de se replonger dans une période d’effervescence créative qui vaut bien celle des plus grandes sagas « coppolesques ».
Lire aussi :
[icon_check] Le Rétroaction Coup de cœur
[icon_check] Le Rétroaction Outsiders
Coffret Le règne des assassins / Bodyguards & Assassins / Shaolin
Si vous aimez : le cinéma martial hong-kongais, Jackie Chan, Donnie Yen & co.
Pourquoi ça vaut le détour : vous aussi, vous regrettez la grande époque de la Film Workshop, le studio mégalo de Tsui Hark qui produisait à la chaîne entre 1985 et 1995 des wu xia pian, ou films d’aventures en costumes, aussi dingues que somptueux : voir la trilogie Il était une fois en Chine (dispo en Blu-ray) pour s’en convaincre. Sans atteindre leurs qualités, les trois productions regroupées (uniquement en DVD hélas) dans ce chouette coffret permettent au moins de retrouver les effluves familières du genre remises au goût du jour. Pour ne rien gâcher, le casting regroupé dans ces trois films tient du « best of » pur et simple : Donnie Yen, Jackie Chan, Michelle Yeoh, Andy Lau, Tony Leung… N’en jetez plus !
Bodyguards & Assassins (2009), Le règne des assassins (2010), et Shaolin (2011) traversent différentes époques de l’histoire de la Chine, et restent marqués par l’ingérence du comité de censure chinois, chose qui n’existait pas à la grande époque du ciné HK. Malgré tout, si vous êtes resté accro aux films d’arts martiaux à grand spectacle, au dépaysement procuré par le genre, ce coffret est fait pour vous.