Top 10 : Kevin Costner

par | 21 mars 2014

À l’occasion de la sortie du Taken-like 3 days to kill, penchons-nous sur la riche carrière d’une star pas si abîmée qu’on le croit : Kevin Costner !

Les moins de 20 ans ne s’en souviennent sûrement pas, mais durant une bonne décennie (en gros de 1985 à 1995), Kevin Costner aura été à la fois une star mondiale et une garantie de succès à Hollywood. Le genre d’étoile dorée qui se voyait élu chaque année « homme le plus sexy », touchait les mêmes cachets que Schwarzenegger, brillait aux Oscars et pouvait se payer son propre terrain de golf pour y taquiner la balle avec Clinton ou Bush, au choix. Une époque certes lointaine, mais qui n’est pas à oublier : que Costner soit vu comme une sorte de has-been – un peu comme son ami Kurt Russell, qui se fait rare sur les écrans – parce qu’il a aligné quelques bides coûteux (en particulierPostman) et s’est éloigné consciemment de Hollywood durant quelques années, est aussi injuste que faux.

Certes, à bientôt 60 ans, Costner n’a plus le même genre d’assise commerciale que dans sa jeunesse, contrairement à un Bruce Willis (qui lui aligne les bides sans broncher et reste populaire, allez comprendre), par exemple. S’il revient sur en haut de l’affiche avec 3 days to kill, en salles depuis le 19 mars, c’est dans le cadre d’une production Besson, tournée en Europe avec l’espoir de reproduire le succès surprise de Taken (c’est raté, vu le timide score du film au box-office US). S’il figure de nouveau au générique de grosses productions, c’est en tant que second rôle. Et s’il cartonne, c’est pour l’instant à la télé, avec Hatfields & McCoys, dans le genre qu’il affectionne le plus : le western.

Pourtant, même s’il n’est jamais resté inactif et a toujours eu à cœur de ne pas jouer les mercenaires (il refuse par exemple systématiquement de tourner des suites à ses films), Costner n’a pas à regretter d’être sorti de l’inconscient du public lambda. Ceux qui connaissent sa filmographie savent à quel point ce natif de Lynwood, Californie, amoureux de la nature et de l’Histoire de son pays, peut être magnétique et charismatique à l’écran, dans la lignée des stars hollywoodiennes « à l’ancienne », comme Gary Cooper ou son modèle, Jimmy Stewart. Dans ses choix comme dans son jeu, Costner déborde de sincérité, et cela a permis à de nombreux titres de sa filmographie de rentrer dans l’histoire. Tout ça méritait bien un top 10, non ?

10. Destination Graceland

Ok. Destination Graceland n’est peut-être pas le titre le plus prestigieux de la carrière de Kevin Michael Costner. Lorsque le film sort en 2001, l’acteur-réalisateur-producteur, abonné aux Razzies, est dans le proverbial creux de la vague, malgré son excellente prestation dans le peu vu Treize Jours. Costner en profite pourtant pour jouer la carte du contre-pied et incarner un méchant cartoonesque dans une jouissive série B explorant le milieu pathétique des concours de sosies d’Elvis. Comme Kurt Russell et Christian Slater, Costner endosse donc le costume et les favoris du King, pour les besoins d’une histoire de braquage échevelée, prétexte à des dialogues hauts en couleur et des explosions en pagaille. Inutile de dire que l’acteur s’en donne à cœur joie dans un rôle qui oublie la demi-mesure.

9. Man of Steel

Tout comme Man of Steel marque la résurrection (c’est plus beau que reboot) au cinéma de Superman, le blockbuster hypertrophié de Zack Snyder marque aussi le véritable retour au premier plan de Costner, dans un rôle qui sonne comme une évidence : Jonathan Kent, le père adoptif de Clark. Un « terrien » dans tous les sens du terme, pétri de valeurs et d’amour pour son unique enfant, qui incarne l’Amérique (et par extension, la Terre, forcément) dans ce qu’elle peut avoir de plus bon, de plus honnête. Une sorte d’idéal fantasmé que personnifie sans efforts un Costner au centre des scènes les plus émouvantes du film. Une fois son personnage disparu de l’histoire – dans une scène aussi arbitraire que déchirante – c’est comme si Superman avait perdu une jambe : le film devient bancal, bruyant, presque anonyme.

8. Open Range

Lorsqu’il tourne Open Range, Kevin Costner est déjà reconnu, aux côtés de Clint Eastwood, comme le dernier des Mohicans du western traditionnel : sa passion pour le genre est telle qu’il parvient à monter sur son nom et celui de Robert Duvall un western pur et dur, sans concession ni ambition déplacée, autre que d’emballer un spectacle honnête, dénué de cynisme et évoquant une époque révolue dans tous les sens du terme. Le résultat est inattaquable : même si le script n’a rien de révolutionnaire, Open Range est visuellement sublime et constamment captivant, en partie grâce au personnage de Charley Waite, qu’il s’est taillé sur mesure et qui n’est pas sans rappeler celui de William Munny, que tenait Eastwood dans Impitoyable. Est-ce un hasard si les deux films se terminent aussi par une fusillade d’anthologie ?

7. Danse avec les loups

Le film du triomphe. Contre toute attente, Kevin Costner transforme au début des années 1990 un western de 3 heures (4 dans la version director’s cut) tourné partiellement en langue sioux et pawnee, en véritable bête à Oscars, doublée d’un succès improbable au box-office. Costner, devenu pour l’occasion réalisateur et producteur, mettait alors en jeu sa carrière naissante pour prendre la relève de David Lean et faire revivre les « great epics » de son enfance, créant un film lyrique, sauvage et pacifiste unique en son genre. Le recul aidant, Danse avec les loups s’apparente plus à une version naïve et rallongée d’Un homme nommé cheval qu’à un nouveau Autant en emporte le vent. Mais le film tient encore le coup, et la performance sans retenue de Costner y est admirable.

6. Jusqu’au bout du rêve

Ce n’est pas l’aspect pour lequel Costner est le plus connu dans nos contrées, mais sa passion pour les films sportifs explique en partie pourquoi celui-ci est aussi populaire auprès du public américain. N’importe quel trentenaire yankee a encore en mémoire des classiques du « baseball flick » comme Duo à trois (1988) ou, surtout, Jusqu’au bout du rêve, qu’il tourne l’année suivante. Costner y joue un producteur de blé qui entend des voix et décide de bâtir un terrain de base-ball dans son champ pour faire venir les fantômes de l’équipe damnée des Red Sox de 1919… Ça sonne niaiseux, mais ce drame capraesque est, dans un genre proche, presque aussi adoré et culte aux USA que Les Évadés. Et la prestation intense de Costner n’y est sans doute pas pour rien…

5. Sens Unique

L’actualité aidant (la série The Americans aussi), la Guerre Froide est devenue un petit peu moins anachronique, ce qui devrait aider à revoir Sens Unique avec un œil neuf. Le thriller gigogne de Roger Donaldson le mérite, ne serait-ce que parce qu’il ne sacrifie pas la complexité du roman de Kenneth Fearing à la facilité des polars pseudo-érotiques qui pullulaient en cette période pré-Basic Instinct. Costner, coupe raide et regard paniqué, y incarne un officier qui est peut-être, ou pas, une taupe du KGB pris dans une affaire de meurtre avec le Secrétaire de la Défense. À une époque où les ordinateurs étaitent encore lents, tout le suspense finit par reposer, en temps réel, sur l’impression d’une photo l’incriminant ! Un artifice hitchcockien efficace, qui contribue à élever Sens Unique au-dessus de la moyenne du genre.

4. Les Incorruptibles

Si le western Silverado marquait la naissance de Kevin Costner en tant qu’acteur de premier plan après des années de vaches maigres, le formidablement divertissant Les Incorruptibles aura marqué son explosion. Cantonné au rôle ingrat, car a priori sans aspérité, d’Elliott Ness, Costner aurait pu être mangé à l’écran par les vraies stars du show, Sean « that’s the Chicago Way » Connery et Robert de Niro, poussé à en faire des tonnes dans la peau d’Al Capone. Le fait qu’il parvienne à interesser le spectateur à son évolution personnelle, celle d’un homme raide comme la justice qui apprend à faire des compromis, et in fine à se « salir », pour mieux la faire triompher, est la preuve d’un talent patiemment muri, saisi par la caméra plus opératique que jamais de Brian de Palma.

3. Wyatt Earp

Éclipsé par Tombstone, projet rival qui causa commercialement sa perte, Wyatt Earp fut le premier échec brutal de la carrière de Costner, qui retrouvait le réalisateur de Silverado, Lawrence Kasdan. Pas d’illusion toutefois : Costner était maître à bord sur ce projet épique dans sa durée, son nombre de personnages et de décors. Il fallait bien ça pour conter la vie de Wyatt Earp, fameux protagoniste de l’Histoire de l’Ouest, qui rentra dans la légende de son vivant après la fusillade à OK Corral – il vécut même pour devenir conseiller à Hollywood au temps du muet. Si le film souffre de sa trop longue durée, son sens du détail, de « l’époque » est indéniable, et sa portée fordienne, qui confronte durement le personnage à son controversé héritage, est bien réelle. Costner, lui, semble une fois encore né pour ce genre de rôles.

2. Un monde parfait

C’est une rencontre placée sous le signe de l’évidence : Costner / Eastwood, deux acteurs/réalisateurs fascinés par les mythes de l’Ouest et la figure du anti-héros. Un monde parfait n’est pourtant pas un western, à peine un film d’époque, mais un drame policier rural à l’ancienne, du genre qu’auraient pu réaliser Stanley Kramer ou Don Siegel. Dans le rôle de Butch, évadé de prison à la conscience tourmentée qui kidnappe un petit garçon avec lequel il noue d’inattendus liens, Costner livre une de ses meilleures performances, l’une des plus habitées aussi. Eastwood, en retrait dans un rôle secondaire de shérif, en profite pour soigner comme rarement sa mise en scène, à la fois élégiaque et ouatée. Passé un peu inaperçu à sa sortie, Un monde parfait mérite aujourd’hui d’être redécouvert, et réévalué.

1. JFK

Kevin Costner a toujours eu une relation compliquée avec la politique : d’abord républicain, l’acteur s’est par la suite engagé côté démocrate, même si son image de héros de « la vieille Amérique » amène le public à imaginer le contraire. Pareillement, dans le cas de l’affaire JFK, Costner a une opinion contraire à celle de son personnage, le procureur Jim Garrison (il pense qu’Oswald a agi seul). Cela ne l’empêche aucunement d’illuminer l’écran durant trois heures dans le film événement d’Oliver Stone. Pour servir son histoire, Stone utilise en effet cette figure notoirement controversée comme une sorte de guide pour le spectateur, plongé dans une enquête en forme de labyrinthe halluciné, revisitant l’histoire d’un pays sous l’angle du complot et de la real politik. Le résultat est un époustouflant morceau de bravoure, qui suscite encore et toujours la discussion vingt ans après, y compris par rapport au personnage de Costner, qui peut personnifier comme peu d’acteurs la conscience d’un pays, en un regard, une réplique (« Dire la vérité peut être une chose effrayante, parfois »).