Top 10 : les meilleurs rôles d’Ed Harris

par | 9 octobre 2013

À l’affiche de Shérif Jackson, Ed Harris fait partie de ces gueules du cinéma aussi inoubliables que charismatiques. Tour d’horizon d’une carrière solide et éclectique.

Contrairement à nombre de ses confrères cantonnés dès leurs débuts dans la case des « acteurs qui nous disent quelque chose mais dont on arrive pas se souvenir le nom », Ed Harris a imposé très tôt dans sa carrière sa silhouette particulière et son charisme redoutable. Cet enfant du New Jersey, promis à une carrière sportive dans le football américain avant de se tourner vers le théâtre et l’art dramatique, n’a pas joué longtemps les figurants avant de percer en tête d’affiche. Avec son regard transperçant à la Steve McQueen (sa principale arme de fascination), son sourire long comme le bras et sa calvitie précoce savamment entretenue – et respectée, n’est-ce pas Nicolas Cage ? -, Harris est devenu immédiatement un acteur reconnaissable entre mille, spécialiste des premiers ou seconds rôles intenses, généralement des figures d’autorité qui en imposent moins avec les poings qu’avec leur présence.

[quote_right] »On a jamais perdu un Américain dans l’espace, et ce n’est certainement pas avec moi que ça va commencer ! Messieurs, l’échec n’est pas une option ! »[/quote_right]Après plus de trente ans de carrière et une centaine de films derrière lui, Ed Harris est plus que jamais actif à la fois sur les planches et à l’écran. Son interprétation inspirée de John McCain dans le téléfilm HBO Game Change lui a valu un deuxième Golden Globe, et en plus de préparer avec sa femme Amy Madigan son retour à Broadway, il apparaît successivement cette année dans No pain no gain, le DTV sous-marin PhantomLe Transperceneige et ce mercredi, le curieux Shérif Jackson. Pour l’anecdote, Harris assure également la voix, près de 20 ans après Apollo 13, du centre de commande de Houston dans l’incroyable Gravity. Bref, une activité chargée pour un comédien et réalisateur qu’on ne se lasse jamais de retrouver, pour une scène ou en tête de générique, film après film. Tout ça méritait bien un top 10, non ?

10. A history of violence (2005)

S’il y a bien une chose qui marque les esprits dans le revigorant polar de David Cronenberg, qui inaugurait là une étonnante « deuxième » carrière, c’est sa galerie de méchants hauts en couleurs. De Stephen McHattie à William Hurt (nominé aux Oscars pour une seule scène !), nombreuses sont les figures suaves de psychopathes qui viennent réveiller l’instinct de tueur endormi de Viggo Mortensen. Mais le véritable déclencheur de cette intrigue est bien Fogarty, un mystérieux visiteur, borgne et un peu trop insistant, joué par Ed Harris. Défiguré pour la bonne cause, l’acteur invente là un croquemitaine moderne, annonciateur par ses gestes et sa diction étrange d’un déchaînement de violence paroxystique. Pour l’anecdote, Ed Harris joua sa scène de rencontre avec le barman joué par Mortensen… en caleçon, ce dernier devant alors lutter pour garder son sérieux. Une blague potache qui aura sans doute rendu les deux acteurs amis, puisqu’ils se retrouveront sur…

9. Appaloosa (2008)

Deuxième et dernière réalisation en date d’Ed Harris, Appaloosa fait partie de ces néo-westerns passés un peu inaperçus dans les années 2000. C’est un vieux proverbe : si Costner et Tarantino ne figurent pas au générique, un western sera toujours un bide. Dommage pour Harris, Mortensen et Jeremy Irons, trio de luxe pour une histoire agréablement classique de jalousie, et de règlement de compte dans une petite bourgade du Nouveau-Mexique. Peu casté dans ce genre de premier rôle romantique, Harris se fait plaisir en chaussant stetsons, carabine et costume sévère, le tout au service d’un très honnête divertissement, seulement handicapé par son manque criant d’alchimie avec Renee Zellweger.

8. Les anges de la nuit (1990)

Archétype du style de rôle qui ont contribué à asseoir la réputation d’Ed Harris, Les anges de la nuit demeure un film culte des années 80, réunissant un casting de rêve (Sean Penn, Gary Oldman, Robin Wright, John Turturro, John C.Reilly, que des ténors à l’aube de grandes carrières) dans une sombre et esthétisante histoire de règlement de comptes au sein de la mafia irlandaise de New York. Harris joue le grand frère d’Oldman, Frankie Flannery, un caïd froid et calculateur qui voit d’un mauvais œil le retour de Sean Penn dans son quartier natal. Et pour cause : l’ex-mari de Madonna joue un flic infiltré venu pour le faire tomber. Phil Joanou, ex-clippeur en état de grâce (ça tombe bien c’est le titre original), se surpasse pour conter cette tragédie moderne culminant lors d’une scène de fusillade finale se déroulant durant la Saint-Patrick. Une réussite indémodable.

7. L’étoffe des héros (1983)

Lorsqu’il intègre la pléthorique distribution de L’étoffe des héros, grande fresque de Philip Kaufman retraçant la conquête de l’espace à la manière d’un foisonnant roman américain, Ed Harris n’est encore qu’un relatif inconnu. Le débutant s’impose pourtant sans mal aux cotés de Scott Glenn ou Dennis Quaid dans le rôle capital de John Glenn, premier astronaute à avoir volé en orbite autour de la Terre, devenu par la suite Sénateur de l’Ohio. En plus d’afficher une ressemblance frappante avec son modèle, Harris démontre ses capacités à voler sans se forcer les scènes où il apparaît comme un véritable meneur de troupes. Avec ce succès aux 4 Oscars dans la poche, la carrière de l’acteur décolle, sans mauvais jeu de mots, pour de bon.

6. Knightriders (1981)

Injustement méconnu (et donc d’autant plus culte), Knightriders restera dans l’histoire comme le premier grand rôle d’un Harris alors trentenaire, continuant son parcours théâtral tout en dénichant ici et là des rôles de figurants à la télé et au cinéma. Avec l’épopée chevaleresque et motorisée de George Romero, qui naviguait là à contre-courant du genre horrifique dont il était devenu une vedette, Hollywood découvrait un comédien au visage angélique, figure arthurienne inspirant le respect dévoué de sa troupe de chevaliers motards vivant selon un code d’honneur désuet dans une Amérique post-Flower Power. Un rôle fort dans un film inclassable, premier coup d’éclat d’une filmographie qui en sera par la suite constellée.

5. Apollo 13 (1995)

Après avoir fait quelques tours dans l’espace pour L’étoffe des héros, Ed Harris joue en 1995 les vétérans de la NASA dans le populaire Apollo 13 de Ron Howard. Relais au sol des trois astronautes à la dérive du côté de la Lune, Harris, coupe militaire et mains sur les hanches, s’en donne à cœur joie dans la peau du chef de salle intraitable, dirigeant son opération de sauvetage comme s’il s’agissait d’une mission militaire. Incidemment, Harris a sans doute avec ce film écopé de la ligne de dialogue qui a dû lui être la plus répétée par la suite. Non, pas « Houston, on a un problème », mais « On a jamais perdu un Américain dans l’espace, et ce n’est certainement pas avec moi que ça va commencer ! Messieurs, l’échec n’est pas une option ! ». Pas étonnant qu’avec un discours de motivation pareil, Tom Hanks et ses potes soient rentrés à bon port.

4. Stalingrad (2001)

Même s’il ne correspond sans doute pas au projet longtemps rêvé mais jamais réalisé de Sergio Leone, Stalingrad demeure doute l’un des meilleurs films de Jean-Jacques Annaud. Chargé en pathos mais bénéficiant d’une stupéfiante reconstruction d’un des plus meurtriers champs de bataille du XXe siècle (près d’un million de morts, tout de même), le film se concentre sur le duel à mort entre deux snipers, l’un russe (Jude Law), l’autre allemand (Ed Harris), au cœur d’une cité en ruines. Ce n’est pas un hasard si Harris a été appelé pour jouer cet aristocrate de la chasse, héros de guerre mutique et distant qui semble ne prendre aucun plaisir à abattre ces cibles : l’important ici était de mettre en avant le regard derrière la lunette. Avec ses yeux d’un bleu intense et son visage émacié, Harris constituait pour Annaud le candidat idéal pour se mesurer à Law. Un choix logique et concluant.

3. Pollock (2000)

Durablement fasciné par le travail et la vie de Jackson Pollock, chantre de l’expressionnisme abstrait, Ed Harris aura fait de ce projet de biopic une affaire indéniablement personnelle. S’installant pour la première fois dans le fauteuil de réalisateur, en plus de jouer le rôle titre, le comédien s’investit dans cette aventure à un point tel (il se crée un studio pour peindre pendant des semaines « à la manière » de Pollock, prend vingt kilos pour jouer l’artiste dans ses dernières années) qu’il s’évanouira un jour sur le plateau. De ce travail exténuant ressortira finalement une réussite unanimement saluée par la critique, qui vaudra à Harris, fiévreux et torturé à l’écran, sa seule et unique nomination à l’Oscar pour un premier rôle.

2. The Truman Show (1998)

Appelé à la dernière minute pour remplacer pour Dennis Hopper, Ed Harris s’est approprié avec une maestria étonnante le rôle de Cristof, le metteur en scène égocentrique et démiurge du Truman Show de Peter Weir. Sortant d’une série de seconds rôles un poil « bourrins » (Juste CauseRock et Les pleins pouvoirsnotamment), l’acteur révèle là une autre partie de son talent. Coiffé d’un inoubliable béret marron et de lunettes rondes, il disparaît totalement derrière un personnage hautement symbolique – un créatif qui en dirigeant la vie d’un homme, Truman, comme s’il s’agissait d’une fiction, finit par se croire omnipotent -, mais représentatif d’une nouvelle ère médiatique qui n’en était alors qu’à ses balbutiements (la télé-réalité fera son apparition moins de deux ans plus tard). Un personnage essentiel, donc, porté par une prestation une fois de plus totalement habitée de Harris.

1. Abyss (1989)

Selon l’aveu même de ses comédiens et techniciens, le tournage d’Abyss a été loin d’être une partie de plaisir. L’odyssée aquatique de James Cameron aura même été synonyme de calvaire pour certains d’entre eux, la faute à un tournage marathon et à des décors immergés quasi expérimentaux, où les acteurs devaient s’improviser as de la plongée sous-marine pour les besoins du scénario. Physiquement éreinté, Ed Harris, héros incontestable de ce film culte, a logiquement été au premier rang des « victimes » d’Abyss, mais la réputation de cette œuvre clé du cinéma hollywoodien, qui mélangeait avec un soin du détail inédit pour l’époque science-fiction, fantasy, romance hollywoodienne et huis-clos aventureux à la Howard Hawks, a largement compensé depuis ces conditions de travail. Harris trouve avec « Bud » Brigman, chef d’une plate-forme sous-marine déboussolé par le retour de son ex-femme, si humain dans ses défauts et ses qualités qu’il sauve in fine l’humanité toute entière, ce qui reste le rôle d’une vie. Au point que lorsqu’on pense à Abyss, des années après, c’est à la fois le bleu des profondeurs marines et celui du regard de l’acteur qui reviennent immédiatement à l’esprit.