Mike & Nick & Nick & Alice : balle perdue dans le temps

par | 24 avril 2026

Mike & Nick & Nick & Alice : balle perdue dans le temps

Vince Vaughn et James Marsden sont en roue libre dans ce mélange « cool » de voyage temporel, triangle amoureux et film d’action.

La bande-annonce de Mike & Nick & Nick & Alice nous avait intrigué par son pitch et l’identité de son réalisateur, BenDavid Grabinski, scénariste de la formidable série animée Scott Pilgrim Takes off. Il s’avère au final que ce nouveau film de voyage dans le temps sorti sur Disney+, qui rentre sans mal dans ce qu’on pourrait appeler la « Kingsmansploitation » (ironie et recherche permanente du « cool », détournement des codes d’un genre connu), est une nouvelle déception, malgré une volonté évidente de bien faire.

Ce soir, Mike (James Marsden) va mourir. C’est ce que son ami Nick (Vince Vaughn), revenu du futur, vient lui annoncer. Et c’est avec l’aide du Nick du passé et d’Alice (Eiza González, croisée récemment dans tous les Guy Ritchie, dont Fountain of Youth), dont les deux hommes sont amoureux, qu’ils vont tenter de sauver ce porte-flingue pour la mafia voulant, évidemment, prendre sa retraite…

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Mike & Nick & Nick & Alice : balle perdue dans le temps

Depuis la sortie de Kingsman en 2014, le cinéma d’action post-moderne américain tente tant bien que mal de camoufler par l’ironie et le second degré son incapacité à raconter proprement une histoire originale. En décidant d’ouvrir son film par une chanson d’Oliver et Compagnie pour créer le décalage propre à ce cinéma pop et décalé, la note d’intention est claire : « notre film va être drôle et cool ». Rien de bien méchant sur le papier. Et l’honnêteté du film prouve l’absence de cynisme derrière cette entreprise, mais la volonté d’être le nouveau gars populaire du lycée annihile de ce fait toute implication émotionnelle. À l’image d’un Mike ayant besoin qu’on lui explique les tenants et les aboutissants du script en jouant sur le côté « vous avez vu comment notre film est loufoque ? », on regarde tout ce petit monde avoir des discussions sur Gilmore Girls et les troubles érectiles passés 30 ans en se demandant ce qu’essaye vraiment de raconter le réalisateur. Tentant de mélanger triangle amoureux, chronique sur les amitiés qui s’effilochent avec le temps et sur le regret, Mike & Nick & Nick & Alice reste au final assez maigre dans ce qu’il tente de nous dire.

« Utilisant tous les éléments du décor pour créer l’action, s’appuyant sur un découpage efficace, Grabinski témoigne d’un savoir-faire de bon élève. »

Reste que le spectacle est bien présent et il serait malhonnête de dire que ce n’est pas plaisant ici et là, même si tout a déjà été vu ailleurs. Parfois de manière évidente (l’impact de balle qui permet de voir au travers d’un crâne comme dans le Mort ou vif de Sam Raimi) et parfois de manière plus subtile (l’arme dans le pot de fleurs, clin d’œil au Syndicat du Crime de John Woo). Force est de constater que Grabinski a bien étudié son petit HK illustré. Utilisant tous les éléments du décor pour créer l’action, s’appuyant sur un découpage efficace (facile quand on a Mark « Mad Max Fury Road » Sexton au storyboard), Grabinski témoigne d’un savoir-faire de bon élève qui pourrait annoncer une carrière prometteuse. Cependant, il faut encaisser en parallèle 1h40 de blagues souvent foireuses, un casting majoritairement en roue libre (même si la gouaille de Keith David sera toujours communicative), et une volonté de décalage rébarbatif ne prenant pas assez son sujet au sérieux pour être totalement touchant. On notera d’ailleurs la tentative d’émotion finale basée sur un needle drop embarrassant même pour les fans d’Oasis, alors qu’on a cessé d’y croire depuis déjà une heure. Un peu comme un film d’étudiant se revendiquant de John Woo et Rick and Morty, Mike & Nick & Nick & Alice possède un cœur, mais manque de corps.