If I had legs I’d kick you : une descente en enfer bouleversante
Porté par une Rose Byrne stupéfiante, If I had legs I’d kick you livre un portrait anxiogène de mère au bout du rouleau. Éprouvant, mais réussi.
Avec If I Had Legs I’d Kick You, Mary Bronstein, à la fois productrice, scénariste et réalisatrice (en plus d’y incarner un petit rôle), livre un premier film d’une noirceur suffocante sur l’épuisement mental et affectif d’une mère au bord de la rupture. Porté par Rose Byrne (Insidious, Platonic), nommée aux Oscars et récompensée aux Golden Globes pour ce rôle où elle se révèle impressionnante de justesse, ce long-métrage plonge le spectateur dans un quotidien qui se fissure peu à peu.
Rose Byrne, magistrale dans le chaos
Aussi douée dans la comédie que dans les drames et films de genre, la charismatique Rose Byrne livre bien l’une des performances les plus intenses de sa carrière dans ce film indé qu’elle tient, de la première à la dernière minute, sur ses épaules. Elle incarne Linda, une mère livrée à elle-même, confrontée à l’absence de son mari et à la maladie de sa fille, avec une tension permanente dans le regard et le corps. Son jeu traduit alternativement l’usure, la fatigue, les silences, les explosions de colère contenues. Plus If I had legs I’d kick you avance, plus son personnage semble se vider de toute énergie, prisonnière d’un quotidien devenu invivable. L’actrice réussit à rendre cette souffrance profondément physique, presque palpable. Autour d’elle, personne, pas même son propre thérapeute (joué par Conan O’Brien !) ne semble prendre en conscience de cette descente en enfer, malgré les signaux qui s’accumulent.
« Mary Bronstein filme ce parcours chaotique sans chercher
à adoucir les angles. »
Le choix de ne quasiment pas montrer le visage de la petite fille renforce encore davantage le malaise provoqué par le film. Elle devient presque une présence abstraite et n’est définie que par cette voix qu’on entend hors-champ. Ce parti pris enferme le spectateur dans le point de vue de la mère : tout ce qui compte désormais, ce n’est plus l’enfant lui-même, mais le poids immense de sa maladie et la culpabilité qui dévore sa génitrice. Certaines scènes sont particulièrement difficiles à regarder, notamment celle où [SPOILER ALERT] elle retire la sonde de sa fille, moment d’une brutalité émotionnelle rare qui résume toute la détresse du personnage. Ce geste, à la fois désespéré et profondément humain, illustre la perte totale de repères d’une femme écrasée par la peur, l’épuisement et l’abandon – même si la séquence peut aussi être interprétée comme imaginaire. Mary Bronstein filme ce parcours chaotique sans chercher à adoucir les angles. L’atmosphère oppressante et les dialogues tendus participent à faire d’If I had legs I’d kick you une expérience éprouvante, mais fascinante : un portrait cru d’une mère qui succombe peu à peu sous le poids de sa propre vie.
