40 acres : survivre, mais à quel prix ?

par | 21 mai 2026

40 acres : survivre, mais à quel prix ?

Thriller post-apocalyptique à l’ambiance soignée, 40 acres peut compter sur une héroïne charismatique pour faire oublier ses quelques longueurs.

Avec 40 Acres, le réalisateur et scénariste R. T. Thorne (Utopia Falls, Cross) nous plonge au Canada dans une vision du futur post-apocalyptique qui essaie de sortir des sentiers battus du survivalisme violent pour raconter quelque chose de plus personnel : la transmission, la mémoire et cette peur de perdre les siens. Le spectateur est parachuté au milieu d’une véritable famine mondiale, avec des groupes de cannibales qui traînent autour d’une ferme isolée. Mais le vrai cœur du film, c’est une famille noire et autochtone qui y vit en autarcie, et qui par nécessité a adopté une façon de vivre millimétrée au quotidien. La mise en scène de Thorne est en conséquence soignée, avec des séquences d’attaque à couper au couteau et une atmosphère moite qui balance entre western et thriller rural.

Une ambiance forte et des thèmes accrocheurs

40 acres : survivre, mais à quel prix ?

Ce qui fonctionne le mieux dans 40 Acres, c’est la description de ce lien familial. Derrière toute la violence attendue dans un récit de fin du monde, le scénario parle d’héritage et de protection, surtout à travers Hailey Freeman (Danielle Deadwyler, I saw the TV glow, Carry-On et bientôt le reboot de X-Files), une matriarche autoritaire prête à tout pour garder son clan en sécurité. Les échanges entre elle et son fils Emanuel (Kataem O’Connor) sont bien trouvés parce qu’ils opposent deux visions : survivre à tout prix ou tenter de préserver un peu d’humanité. Le cannibalisme, lui, ne sert pas juste à faire peur ; il devient le symbole d’un monde qui a dévoré toute forme de solidarité et s’adonne à ses plus primitives pulsions quand il devient difficile, voire impossible, de faire pousser quoi que ce soit. Comme on peut s’y attendre dans ce type de scénario, la part belle est donnée aux scènes de siège de la ferme des Freeman ou d’exploration, qui dégagent une vraie tension. L’expérimentée Danielle Deadwyler porte alors le film sur ses épaules avec une présence qui crève l’écran.

« L’expérimentée Danielle Deadwyler porte alors le film sur ses épaules avec une présence qui crève l’écran. »

Malgré ces bons côtés, 40 acres pêche par ses longueurs. Après un début très efficace, l’histoire a du mal à garder son intensité et enchaîne les passages contemplatifs ou les dialogues qui tournent un peu en rond. On sent que R.T. Thorne veut creuser la psychologie des personnages et poser une réflexion sur nos réflexes individuels et familiaux en temps de survie. Mais le rythme s’étire parfois trop pour un film qui devrait reposer exclusivement sur la tension, celle de perdre ses proches ou tout ce pour quoi un clan soudé s’est battu. Certaines idées restent en surface, et plusieurs scènes cassent l’élan dramatique juste au moment où le danger devient vraiment palpable. Au final, 40 Acres est un film ambitieux, parfois captivant, mais qui aurait gagné à être plus ramassé, plus nerveux, pour exploiter pleinement la force de son univers plus original que prévu.

L’amour (modéré) du risque

Apex : une traque mollassonne en terre sauvage

Il faut donc se concentrer sur ce qui reste : cette course-poursuite mollassonne dans un environnement supposément hostile. Mais n’est pas McTiernan (Predator) ou John Boorman (Délivrance) qui veut, et la nature manque cruellement de relief. Malgré un tel décor, et un antagoniste censé mieux connaître le terrain que sa victime, on se doit se contenter de l’éternelle lutte contre des courants d’eau (on est pourtant en Australie, où les périls ne manquent pas !). Un twist convenu ne glacera le sang qu’aux spectateurs non habitué aux survivals. Il en va de même pour les séquences d’escalade qui, même si elles sont mieux réussies et soignées que le reste du métrage, pêchent par leur patine numérique, et font rarement ressentir le frisson des hauteurs. Apex n’est au final qu’un nouvel exemple de film de plateforme interchangeable et bancal, dont aura oublié l’existence au prochain « tudum ».