Worldbreaker : ce post-apo ne casse pas la baraque
Luke Evans et une Milla Jovovich de passage tentent de survivre à une énième fin du monde monstrueuse dans ce Worldbreaker inabouti.
Deux ans après le plutôt mauvais Breath, déjà distribué sur Amazon Prime Video en France, Milla Jovovich enfile ces mêmes mitaines et son vieux bonnet pour repartir dans un nouvel univers postapocalyptique. La star des Resident Evil a réussi à tourner un film dont le réalisateur s’appelle Anderson, mais qui n’est en rien de la famille (son mari étant bien sûr Paul W.S. Anderson, « géniteur » de la saga zombiesque). Brad Anderson répond donc à l’appel, et le cinéaste a une carrière plutôt intéressante de prime abord. S’il ne fera sans doute jamais de coup d’éclat, comme The Machinist, ses derniers films, Blood et La Fracture ont été chroniqués plutôt positivement par chez nous. Alors, s’il a réussi à emballer de bons films avec Sam Worthington ou Joel Kinnaman, parvient-il à réitérer cet exploit avec Milla ? Pas si évident que ça.
Imagination en peine sèche
Worldbreaker commence par une voix off sombre nous plongeant dans un monde en proie à la destruction et à la désolation. Une fois encore, l’humanité est arrivée à un point de non-retour, car, après avoir pillé petit à petit toutes les ressources naturelles de la Terre, une grande catastrophe arriva… Qui aurait pu prédire ? Visiblement pas nos gouvernants, ni Milla qui se retrouve mêlée à une guerre avec des créatures sorties des entrailles de la terre. Militaire malgré elle, elle a pris les armes (une épée en l’occurrence, alors que le reste utilise plus logiquement des armes à feu) pour combattre au péril de sa vie. Un pitch habituel dans la carrière de Milla, mais visiblement Anderson (Brad, rappelez-vous) n’est pas là pour lui pondre un énième navet à grand spectacle – comme In the lost lands, de l’autre Anderson. Le cinéaste livre un film beaucoup plus intimiste qu’attendu, privilégiant une relation père (Luke Evans) – fille (Billie Boullet) sur une île isolée, vivant en totale autarcie, laissant Milla tourner hors champ dans un univers alternatif la suite de Monster Hunter avec des armées de créatures voraces.
« Petit à petit, un ennui poli cède la place à un sentiment de tromperie. »
Ayant conscience de son petit budget, Brad Anderson s’emploie surtout à suggérer ou montrer le moins possible ces créatures, ce qui va pouvoir étayer notre curiosité dans un premier temps, mais va se transformer petit à petit en ennui poli, avant de céder la place au sentiment de tromperie. Malgré les quelques thématiques intéressantes plus ou moins suggérées et plus ou moins bien traitées tout au long de ce récit, comme le besoin de raconter et de transmettre des histoires, la présence d’un personnage quasi-mythologique tout au long du récit ou un propos qui voudrait être féministe (la contamination est plus virulente chez les hommes que chez les femmes). Worldbreaker ne parvient pas à dépasser ce feeling d’être devant une simple bande-annonce d’un meilleur film, un gros morceau de déjà vu d’1h30, avant que le film ne démarre vraiment que dans les 5 dernières minutes, quand (SPOIILER ALERT) notre jeune héroïne quitte (enfin) l’île pour rejoindre Milla.
De star… à guest star
Au final, deux théories peuvent coexister concernant Worldbreaker : la première est que pour financer son film, Brad Anderson avait besoin d’une tête d’affiche supplémentaire, en promettant un rôle digne à son actrice, justifiant sa présence à l’écran et lui promettant monts et merveilles (quitte à avoir une épée au lieu d’une arme à feu), prévenant peut-être à demi-mots entre deux prises que ce rêve deviendrait réalité s’il y avait une suite. Soit, à l’instar des stars musclées des années 80-90, Milla embrasse enfin son rôle tant attendu (non) de vieille baderne du cinéma d’action, au même titre qu’un Chuck Norris, un Dolph Lundgren ou un Steven Seagal, justifiant son chèque et sa présence sur l’affiche avec une apparition d’une quinzaine de minutes. Cela lui permet, tout de même, de mieux jouer qu’à l’accoutumée.
