Assiégés : plongée dans l’Alamo afghan

par | 21 décembre 2020 | À LA UNE, BLURAY/DVD, Critiques, VOD/SVOD

Assiégés : plongée dans l'Alamo afghan

Chronique d’une bataille héroïque et futile en Afghanistan, Assiégés mise tout sur sa pyrotechnie guerrière. Avec efficacité mais sans recul.

Tout comme le conflit irakien, la guerre après le 11 septembre par les USA et leurs alliés en Afghanistan n’a pas fini d’inspirer le cinéma américain, qui a pu « piocher » à loisir dans une myriade d’histoires vraies et de faits d’armes pour célébrer le courage des soldats yankees, engagés dans un conflit sans espoir de résolution. Après Horse Soldiers et Du sang et des larmes, entre autres, le réalisateur Rod Lurie, routard de la télé qui avait pourtant déjà signé à ses débuts le patriotique (et très regardable) Dernier château, livre à son tour un film de guerre rigoureusement adapté de faits réels. Assiégés, ou The Outpost en VO, reconstitue une bataille épique survenue en 2009 dans la province afghane du Nuristan, dans un avant-poste militaire situé bêtement en plein creux d’une vallée entourée de hautes montagnes. Un piège à rat qui tiendrait de l’abus d’invraisemblance s’il n’avait pas été vraiment construit par l’armée américaine, contre l’avis de leurs propres stratégistes comme nous l’apprend le carton d’ouverture…

Chaos à ciel ouvert

Assiégés : plongée dans l'Alamo afghan

Bien que fonctionnelle, la mise en scène de Rod Lurie réussit à créer dans Assiégés un sentiment d’immersion dans cette base reculée appelée Kamdesh, soumise aux tirs incessants de Talibans cachés dans les collines environnantes. Officiellement, la cinquantaine de soldats postée sur place est là pour tisser des liens avec la population environnante, mais l’isolement du lieu, assemblage de bâtiments précaires en tôle, en bois ou en briques, en fait surtout un stand de tir grandeur nature pour l’ennemi. La première heure du film consiste à retracer, de manière pratiquement administrative, l’arrivée successive de commandants à Kamdesh, et le quotidien absurde des militaires, dont les barbecues et blagues potaches sont constamment interrompues par des tirs venus de nulle part. Comme si la mort pouvait frapper à chaque instant, ce qui nous vaut notamment cette séquence surréaliste où un officier doit lâcher sa serviette de bain pour empoigner son fusil et répliquer cul nu à une attaque.

« Rod Lurie et son équipe emballent pendant cette deuxième heure
des scènes de bataille rudement efficaces. »

Puisque la situation est absurde, et l’incompréhension entre les peuples locaux et les « envahisseurs » américains plus prononcée que jamais, la grande bataille qui va suivre sera futile. Forcés de devoir attendre la fermeture inévitable de ce camp à la position aberrante, les soldats d’Assiégés vont faire face à l’attaque coordonnée de 400 talibans et lutter non pas pour préserver leur position, façon Alamo, mais pour survivre et sauver leur camarades d’une mort certaine. Le défaut d’Assiégés réside sans doute dans l’abandon de l’équilibre entre démonstration de l’hubris américano-militariste, qui persiste dans ses erreurs au risque de faire mourir ses propres soldats (voir cette séquence de « convoi de la peur » au bord du ravin, qui éjecte du récit l’une des vedettes du casting) et célébration de la bravoure sans limite de ses « boys« , qui tentent de garder la tête froide quand leur camp retranché devient un enfer à ciel ouvert, envahi et bombardé de toutes parts. Caméra à l’épaule, Lurie et son équipe emballent dans cette deuxième heure des plan-séquences et scènes de bataille rudement efficaces, la géographie hasardeuse du camp servant à retranscrire l’atmosphère de chaos généralisé qui s’empare des lieux. Malgré qu’ils incarnent des troufions interchangeables (que le générique sirupeux de fin se charge malgré tout de rendre bien réels), le fiévreux Caleb Landry Jones et le fils de plus si anonyme Scott Eastwood tirent plutôt bien leur épingle du jeu dans des styles presque opposés. Ils apportent un quota de virilité détachée pour l’un et de folie contenue pour l’autre qui contribue à humaniser ce film de soldats aussi classique et limité dans son propos, que convaincant dans l’action.