Deep Water : y a-t-il un requin dans l’avion ?

par | 2 septembre 2026

Deep Water : y a-t-il un requin dans l’avion ?

Comme échappé des années 90, Deep Water mélange film catastrophe et foire aux requins, sous l’œil du vétéran Renny Harlin.

Signe que sa carrière a beaucoup stagné ces 30 dernières années, Renny Harlin est un cinéaste prolifique, mais qui, pour les producteurs et le grand public, reste le réalisateur de 58 minutes pour vivre et Cliffhanger. Ses deux plus gros succès, et de loin, et également (c’est ouvert à débat !) ses deux meilleurs films, et de loin. De fait, la promotion de Deep Water (comme celle de The Beast, son – déjà – prochain film avec Samuel L. Jackson) n’a pas hésité à mettre en avant ces deux faits d’armes, en oubliant un peu au passage Peur Bleue. Renny Harlin n’est en effet pas étranger au film de requins, puisqu’il avait signé en 1999 ce luxueux, bêta, mais très efficace divertissement aquatique, fameux, entre autres pour le sort cruel qu’il réservait à Samuel L. Jackson (encore lui !). Tout ça pour dire que les histoires de survie, de catastrophe aérienne et de squales affamés, il connaît ça comme sa poche, notre ami finlandais. Est-ce suffisant pour sauver ce Deep Water de la noyade, ou tout du moins de l’oubli ?

Crash en eaux troubles

Deep Water : y a-t-il un requin dans l’avion ?

Ça ne démarre pourtant par sur les meilleurs auspices. Les séquences précédant le décollage d’un fatidique vol Shanghai – Los Angeles constituent autant de léthargiques moments d’exposition, d’autant plus interminables qu’ils ne servent qu’à présenter des clichés sur patte, de l’imbuvable salaud par lequel le drame va arriver à l’innocente et beaucoup trop perspicace petite fille en passant par le copilote tourmenté par la maladie de son fils, joué par un Aaron Eckhart en pilote automatique (hé hé). Installé aux côtés d’un Ben Kingsley en service minimum – une fois de plus -, le taciturne Eckhart semble passer le temps, comme Harlin, en attendant qu’un incendie se déclare à bord de leur avion, et déclenche une longue séquence de crash en plein océan. Indéniablement le vrai morceau de bravoure de Deep Water, que le cinéaste fait durer en multipliant les points de vue à bord de l’appareil, même les plus stupides (voir ce couple de parents qui laisse ses jeunes enfants sans surveillance pour aller fricoter dans les toilettes !). Sans aller jusqu’au traumatisme viscéral livré par Juan Antonio Bayona dans Le Cercle des Neiges ou Robert Zemeckis dans Flight, ce passage spectaculaire a le mérite de réveiller le spectateur anesthésié par une première demi-heure pachydermique.

« On peut s’amuser à deviner qui va être boulotté et dans quel ordre : si vous êtes d’humeur, Deep Water s’avère généreux en la matière. »

L’originalité – toute relative – de Deep Water est d’enchaîner avec une deuxième partie sur l’eau (ou plutôt les fragiles récifs coralliens sur lesquels s’est échoué l’avion) pendant laquelle les survivants du crash doivent faire face à une nuée de requins un poil surexcités. Un pitch similaire au DTV No Way Up, à ceci près que Deep Water dispose d’un budget bien plus confortable. Des billets verts qui permettent à Harlin d’orchestrer une série d’attaques parfois cruelles, parfois confuses, avec des effets numériques pas toujours du meilleur goût. C’est aussi le moment où l’écriture devient la plus caricaturale – au point où Harlin tente de nous faire pleurer avec des personnages qui ont eu au maximum deux lignes de dialogue. On peut s’amuser à deviner qui va être boulotté et dans quel ordre : c’est le propre du genre, et si vous êtes d’humeur, Deep Water s’avère généreux en la matière. Le film se distingue enfin, de manière pas si anecdotique, par l’importance donnée aux personnages secondaires chinois et au rôle que leur pays va jouer dans le sauvetage final. Logique, quand on sait que le long-métrage est une coproduction asiatique, et que Harlin a lui-même bourlingué un temps dans le monde du cinéma chinois. Ces passages obligés sont insérés au forceps dans un divertissement terriblement inégal et qui manque, malgré son concept, d’une véritable personnalité.