Heureux soient ceux qui ne connaissent pas encore le monde des Escapes Games ! Ce loisir venu d’Asie est arrivé avec fracas en France après avoir enflammé l’Europe de l’Est. Une pièce (ou plus, très souvent) fermée de l’extérieur, une seule sortie, et 60 minutes pour résoudre toutes les énigmes, trouver les clés et tous les mécanismes à actionner, avant d’arriver enfin à celui qui vous ouvrira cette satanée porte : c’est simple, addictif, propice à toutes les expérimentations, et c’est incroyable que personne n’ait pensé plus tôt à inventer ce genre de divertissement. Des « Escape Room », il en existe désormais plus de 350 en France, dont un bon tiers rien qu’en région parisienne, et si vous n’avez jamais testé la chose, on vous conseille fortement d’appeler la famille ou quelques amis, et de faire un test fissa !

Ça, c’est pour donner un peu de contexte à Escape Room, le film, qui vient un peu boucler la boucle à ce niveau. Il est évident, lorsqu’on connaît un peu les Escape Games, que cet univers aime à s’inspirer du cinéma, et plus particulièrement des huis-clos. Cube et Saw, entre autres, tournent littéralement autour d’une poignée de personnages enfermés dans une pièce dont il faut trouver, par soi-même, une façon de sortir, par la seule force de son intelligence. Dans Escape Room, ce sont désormais des personnages de fiction qui pénètrent, avec plus ou moins de motivation, dans un Escape Game qui donnerait presque envie de payer son ticket d’entrée si, hum, il n’avait pas cette fâcheuse tendance à démembrer ou faire fondre ses participants. Pratique pour éviter les demandes de remboursements, mais un peu extrême quand même.

Casse-tête sans queue ni tête

Après un interminable générique sur fond de plans… génériques d’une ville américaine lambda by night, Escape Room démarre mollement par une soirée d’anniversaire donnée en l’honneur de Tyler (Evan Williams). Une bande d’amis friqués et superficiels qui, par la magie du jeu d’acteurs plus taillés pour du soap-opera ou une série CW que pour le cinéma, nous sont instantanément irritants. Comme le scénario oublie de nous donner des raisons de nous intéresser à leur sort (il y a bien une vague intrigue d’adultère, mais cela ressemble plus à du remplissage qu’autre chose), on s’impatiente rapidement, avant de rentrer enfin avec eux dans cet Escape Game (à 1000 dollars l’entrée, excusez du peu) et que le film s’anime. On oublie alors un moment les trous béants du scénario pour découvrir une panoplie d’énigmes et mécanismes fidèles à l’esprit des rooms, même s’ils se distinguent surtout par leur simplicité – et heureusement vu la bêtise certainement volontaire des personnages.

Et puis, d’un coup, Escape Room se rappelle qu’il n’est pas vraiment un tract publicitaire, mais un petit film d’horreur traumatisé avec dix ans de retard par Saw, et se transforme en série Z arrosée de quelques effets sanglants et d’un dénouement aberrant ne donnant pratiquement aucune justification à tout ce qui vient se passer. Finis les mots croisés, les clés cachées et les fils à recoller : l’illusion s’effondre et l’inanité du montage, de la musique, de l’intrigue et du casting nous ressautent au visage comme un pantin hors de sa boîte. Escape Room a beau être moins cher et durer plus longtemps, on ne saurait que trop vous conseiller d’aller tester le modèle original plutôt que de souffrir devant cette version pelliculée réalisée en dépit du bon sens.