Contrairement à son voisin Australien, la Nouvelle-Zélande donne trop rarement des nouvelles côté cinéma de genre depuis la mise sur orbite de Peter Jackson. Excepté le rigolo mais oubliable Black Sheep, et l’excellent mais toujours inédit The devil dared me to, peu de titres vraiment mémorables sont parvenus jusqu’à notre continent ces quinze dernières années. L’année 2014 permet de remettre ces compteurs à zéro, d’une part avec le docu-menteur vampirique What we do in the shadows, qui se bâtit une belle réputation dans les festivals, et ce Housebound signé Gerard Johnstone, qui a notamment remporté le grand prix du NIFFF (comme le PIFFF, mais à Neuchâtel) en juillet dernier.

Difficile de donner tort au jury du festival suisse : ce premier long-métrage, qui pourrait passer pour un film d’épouvante alors qu’il s’agit d’une comédie horrifique, est pensé pour se déguster en salle, où son timing comique et son excellente écriture font merveille.

Emprisonnée à domicile

Housebound : drôles de fantômes (PIFFF 2014)

Housebound (littéralement « assigné à domicile ») réinvestit un genre avec lequel vous êtes familier si vous êtes un de nos lecteurs assidus : le film de maison hantée. Johnstone, également scénariste, imagine une situation inédite dans ce type de récit qui lui permet de s’approprier immédiatement notre attention. Kylie (l’épatante Morgana O’Reilly) est une délinquante récidiviste qui suite à son dernier forfait, est contrainte de retourner séjourner dans sa maison d’enfance pendant huit mois. Elle doit supporter sa mère Miriam (Rima Te Wiata, dans un rôle plus subtil qu’il n’y paraît), une pipelette dépassée par les événements, et son beau-père apathique Graeme. Piégée sur place dans un ennui mortel, Kylie est bientôt confrontée à des événements étranges, qui vont du bruit dans le plafond aux apparitions terrifiantes dans la cave. Et si comme sa mère le croit la maison était hantée ?

[quote_left] »Il est difficile dans ce genre de créer des personnages mémorables ou des situations inédites. Housebound cumule ces deux qualités. »[/quote_left]

Plus que dans d’autres exemples du genre, l’une des conditions obligatoires pour apprécier pleinement un film comme Housebound est de ne pas déflorer les multiples rebondissements qui s’y cachent. Croyez-nous sur parole, les apparences sont ici véritablement trompeuses, Johnstone calculant comme un horloger suisse l’enchaînement des révélations sur la maison de Myriam et sur son voisinage immédiat, que Kylie, grâce à cette idée géniale de « l’emprisonnement » légal, a tout loisir d’explorer. Dans un exercice aussi casse-gueule et généralement paresseux que la comédie horrifique, il est difficile de créer des personnages mémorables ou attachants et des situations inédites. Housebound cumule ces deux qualités, avec certes plus de méticulosité dans son scénario que dans sa mise en scène, efficace dans sa gestion du rythme (peu de scènes inutiles et donc de moments de mou), mais fonctionnelle.

La motivation du débutant

Housebound : drôles de fantômes (PIFFF 2014)

C’est sans doute sur ce point que le film se distingue le plus de Peter Jackson, influence avérée et parfois un peu intimidante du réalisateur, dont le style est bien plus opératique. D’un sanglant hommage à Bad Taste à la frénésie cartoonesque de Braindead et Fantômes contre fantômes, les classiques du génie barbu planent comme une ombre bienfaitrice sur une œuvre qui cherche de la même manière à mixer les gags et les moments de frissons sans céder à la facilité, et avec la volonté de bien-faire d’un débutant surmotivé. Et tant pis si cette volonté d’exploiter au maximum le potentiel de son idée de départ débouche sur quelques invraisemblances et raccourcis narratifs bien pratiques, comme cet agent chargé de surveiller le bracelet de Kylie qui se révèle être un passionné des phénomènes paranormaux.

Bien servi dramatiquement par leur réalisateur, le casting de Housebound fait aussi sa force. Dans le rôle d’un psychologue obséquieux et agaçant, les plus physionomistes reconnaîtront le comédien Cameron Rhodes, célèbre pour avoir incarné le malheureux fermier Maggot dans La communauté de l’anneau. Mais c’est surtout l’interaction entre O’Reilly et Te Wiata, qui s’enrichit couche après couche au fil de leurs mésaventures, qui s’avère réjouissante, leur réconciliation progressive procurant un fil rouge émotionnel attachant à cette drôle d’histoire fantastique.