Incomplete Chairs : la chaise et le sang
Un ébéniste trucide des innocents pour fabriquer une chaise de l’extrême : Incomplete Chairs part d’une idée folle et gore, mais n’est pas assez abouti.
Réalisé par Ken’ichi Ugana, Incomplete Chairs raconte l’histoire d’un ébéniste totalement obsédé par la création de la chaise parfaite, et qui, pour la créer, emploie des méthodes… assez particulières – pour ne pas dire monstrueuses. Shadowz a dégoté ici une production aussi singulière qu’inédite. Ce film à petit budget a vraiment du caractère et propose quelque chose d’autre, offrant quelques moments assez surprenants. Ken’ichi Ugana donne l’impression de vouloir jouer avec les codes du genre pour proposer une œuvre décalée. Pourtant, Incomplete Chairs laisse une sensation de frustration, car un tel potentiel aurait pu donner matière à une œuvre bien plus mémorable.
Original et complètement décalé
Le grand mérite d’Incomplete Chairs tient dans son originalité. Le concept, aussi extrême et grotesque qu’il paraisse, est vraiment hors du commun et le film assume pleinement son côté bizarre et absurde. Le mélange de gore et d’humour noir fonctionne plutôt bien et évite au film de ressembler totalement à un film d’horreur classique. Cette quête de la chaise parfaite, car entièrement organique, apporte quelque chose de dérangeant. Le gore est là – et bien là, âmes sensibles s’abstenir – mais il n’est pas le seul intérêt du projet. Certaines situations ont aussi un côté presque amusant, pour qui aime l’humour noir, et ce mélange des genres donne à l’ensemble un ton assez particulier.
« Incomplete Chairs aurait pu pousser beaucoup plus loin le curseur de la folie, de la transgression et de la satire. »
Le regret majeur, et c’est un comble, vient du fait que le réalisateur ne va pas assez loin. Avec un tel point de départ, Incomplete Chairs aurait pu pousser beaucoup plus loin le curseur de la folie, de la transgression et de la satire. Plusieurs éléments marquent les esprits, mais beaucoup restent malheureusement en surface. On pouvait notamment creuser davantage les thèmes abordés (une certaine critique du consumérisme et du matérialisme pointe sous l’horreur) et donner plus de profondeur aux infortunés « participants » qui croisent Kujo. D’autres situations auraient également mérité d’être davantage développées : en d’autres termes, le film semble parfois s’arrêter au moment où il pourrait réellement devenir mémorable. La personnalité de cet ébéniste au croisement entre Dexter et Patrick Bateman, aurait pu être mieux exploitée. C’est bien dommage, car Ken’ichi Ugana a de bonnes idées et dévoile un univers intéressant. Incomplete Chairs est donc une expérience plaisante pour les adeptes de films d’horreur un peu « autres », avec suffisamment de gore pour satisfaire les amateurs de sensations fortes. Mais malgré ses qualités, il lui manque ce supplément de folie et d’ambition qui aurait pu en faire un film vraiment marquant.
