The Collector et The Collection : le Fort Boyard de l’horreur
Petit frère oublié de la saga Saw, le diptyque The Collector / The Collection a su injecter des ingrédients de thriller et d’action dans le genre usé du torture porn.
Soyons honnêtes : la franchise Saw n’est pas loin d’être ce qui est arrivé de pire au cinéma d’horreur du 21e siècle. Passé un premier opus sentant bon la débrouillardise et s’appuyant sur un script bétonné par de multiples réécritures, chaque séquelle s’est enfoncée plus profondément dans l’enfer de l’exploitation racoleuse, réduisant le genre à un défouloir sadique, nonsensique et nauséeux. Le duo de scénaristes composé de Marcus Dunstan et Patrick Melton, auteur des scripts de Saw IV, V et VI, n’est bien sûr pas étranger à ce massacre artistique. Toutefois, leur travail sur The Collector et The Collection, s’il n’a pas non plus révolutionné le petit monde du film d’horreur, a permis de leur redonner un semblant de crédit. Les deux amis ont manifesté à travers cette mini-franchise plus d’amour pour le gore old school et de références maîtrisées qu’avec leur travail de scribouillard pour la franchise initiée par James Wan.
L’amour du piège bien fait
La mise en parallèle de ces deux sagas n’est pas innocente : avant d’être une création originale, le personnage du Collectionneur était le héros d’une sorte de préquelle à Saw, un concept refusé qui a profité à Marcus Dunstan. Ce dernier a en effet fait ses débuts derrière la caméra avec The Collector, slasher sous influence qui entretient plusieurs points communs stylistiques avec les Saw. Comme Jigsaw, le Collectionneur est un serial-killer qui se définit par son amour du piège bien fait : là où son homologue adore trafiquer des pièges à loups pour les transformer en collier fatal, le Collectionneur préfère en acheter dix d’un coup et les poser dans une pièce obscure, histoire de maximiser ses chances. Ce dingo d’élite, dont le visage est masqué par un masque en toile de jute, ne laissant deviner que ses yeux de chat (ils brillent dans le noir !), est confronté dans The Collector à un cambrioleur malchanceux, Arkin (Josh Stewart, The Dark Knight), qui pénètre par effraction dans la même maison de banlieue que lui.
« The Collector et The Collection forment un double programme inhabituel, entre thriller horrifique à suspense et exploitation à l’ancienne. »
Le film est un huis-clos à l’habillage visuel soigné, tirant le meilleur parti d’un script invraisemblable – le tueur parvient à construire en seulement quelques heures et en plein jour des dizaines de pièges mortels élaborés – pour jouer au chat et à la souris avec style, même si on peut regretter, une fois de plus, l’usage d’un montage clippesque et frénétique fatiguant à force de se vouloir inquiétant. Dunstan démontre à plusieurs reprises un penchant pour les cadrages tarabiscotés et les compositions lumineuses agressives, reprises chez Argento, tout en mettant face-à-face un voyou moins mauvais qu’il n’y paraît (il doit se transformer en sauveur pour la famille retenue prisonnière dans la maison) et un croquemitaine tirant une bonne partie de sa force des questions non résolues qu’il suscite. Qui est-il ? Que veut-il ? Pourquoi garde-t-il une victime vivante pour la kidnapper avant de s’enfuir ?
Une séquelle qui file à l’essentiel
Toutes ces questions, The Collection y répond sans détours, même si l’on sent bien que la construction d’une mythologie soignée n’est pas ce qui intéresse en priorité Dunstan et Melton, toujours aux commandes du projet. Sorti en 2012 sur les écrans, et directement en vidéo chez nous, comme le premier opus, The Collection adopte selon l’aveu même de ses créateurs une approche « à la Die Hard 2 ». En gros, il s’agit de refaire la même chose, mais en plus débridé, plus explosif et plus gore. On pourrait même dire que le duo se la joue « à la Aliens » : au suspense tendu comme une corde de piano de The Collector, sa suite oppose une ambiance de survival bourrin décomplexé, perceptible dès les premières minutes, conçues comme un pied de nez grotesque aux conventions du genre. Une bande de jeunes se retrouve dans une boîte de nuit clandestine pour draguer, danser et boire comme des trous : au moment pile où l’on commence à se dire qu’ils seraient plus intéressants morts que vivants, notre tueur en pull noir apparaît au-dessus de la piste. Et l’impensable arrive : une énorme rabatteuse à griffes descend du plafond pour découper en rondelles toute l’assistance, faisant grimper le bodycount à des hauteurs indécentes. Aussi stupide que gonflée, cette introduction permet au spectateur de savoir où il met les pieds : dans une séquelle iconisant à mort son bad guy, quitte à jeter toute notion de crédibilité par la fenêtre en cumulant en cinq minutes plus de morts que dans toute la saga Halloween.
Après s’être assuré qu’Arkin, seul rescapé du premier épisode, était lui aussi de retour, Dunstan & Co. déplacent le terrain de jeu dans l’antre du tueur (qui a changé d’interprète entre temps, et gagné en muscles) : un Fort Boyard de l’horreur, où le fétichiste de la maroquinerie peut pratiquer ses expériences chirurgicales déviantes tout en truffant l’endroit de mécanismes tordus. Arkin, accompagné de mercenaires faisant office de chair à canon, doit y retrouver la dernière « pièce de collection » du tueur, Elena. Le scénario ne perd pas de temps pour justifier la géographie du lieu, labyrinthe gothico-industriel abandonné et pourtant fourni en électricité, ou pour donner de l’épaisseur à ses personnages. The Collection file à l’essentiel, à tel point qu’il se termine au bout d’à peine 75 minutes, attendant les dernières minutes pour dévoiler l’identité de son boogeyman, et ménager assez d’espace pour un troisième opus – qui ne se fera jamais. La boucle paraît bouclée, le mystère du premier opus ayant débouché sur un règlement de comptes en bonne et due forme. Au final, The Collector et The Collection forment un double programme inhabituel, entre thriller horrifique à suspense et exploitation à l’ancienne – Dunstan se dit fier d’avoir eu recours à des effets spéciaux prosthétiques et mécaniques. Pas du grand cinéma, sans doute même pas de la grande série B, mais pour les allergiques à Jigsaw et les fans de McGyver, le Collectionneur et son arsenal exotique constituent une alternative efficace.
