Top 10 : Everybody runs !

par | 6 juin 2012

Les meilleurs sprints de l’histoire du cinéma

Rien de plus excitant, de plus cinématographique et de plus immédiat qu’une bonne course-poursuite. C’est bien simple, le moment même où le héros (ou le criminel) sort de ses starting-blocks pour détaler comme un lapin, et où la bande-son s’énerve d’un coup pour sonner le début de la course, l’adrénaline du spectateur monte de dix crans et pour peu que la scène soit vraiment réussie, c’est l’exultation, le petit cri un peu honteux qu’on ne peut réprimer. « Meilleur est le méchant, meilleur est le film », disait Hitchcock. On pourrait rajouter que « meilleure est la poursuite, plus haute elle arrive dans le top 10 ».

Le classement ci-dessous évite pour information les films reposant entièrement sur ce concept de traque, généralement (mais pas toujours) associé au genre policier : pas d’Apocalypto ici, par exemple, même si le film le mériterait, et surtout, pas de véhicules non plus. Ici, c’est la basket qu’on use, la voute plantaire qu’on fait souffrir. Et c’est le spectateur qui se régale. Bon, c’est pas tout ça… Prêts ? 

10. French Connection II

Lorsque l’on parle de French Connection, la mémoire collective repense surtout aux moments-clés du premier opus de William Friedkin, sa poursuite motorisée (et non autorisée) sous le métro aérien de New York, son dénouement controversé… La suite de ce grand classique fut signée John Frankenheimer, et Friedkin s’est souvent vu féliciter à tort pour cette séquelle solide, seulement affaiblie par un acte central inutilement dilué. Frankenheimer est de la génération des sixties, poussée dans l’ombre par les turbulents auteurs du Nouvel Hollywood. Cinéaste d’expérience, il emboîte stylistiquement le pas à son cadet en transposant l’action à Marseille, là où tout a démarré. « Popeye » Doyle, pugnace et revanchard, continue de poursuivre le gentleman trafiquant Alain Charnier, et il finira par l’attraper, au terme d’une course de fond épuisante et ultra-réaliste dans les rues marseillaises, poursuivant à pied un Charnier voulant filer en bateau. 

9. La Vengeance Dans La Peau

Des scènes à couper le souffle, la saga Jason Bourne en compte un bon nombre. La trilogie a insufflé une dimension épique et stratégique hautement jouissive au concept de film d’espionnage moderne, entraînant même dans son sillage une réinterprétation de son prestigieux aîné, James Bond (voir plus loin). La vengeance dans la peau, point final de l’histoire de Bourne, est tout entier tourné vers l’urgence d’une résolution pétaradante à la quête d’identité du super-espion. Bourne passe d’une ville à l’autre, tantôt traqué, tantôt traqueur, comme dans la scène de poursuite à Tanger, où il traverse toits, maisons, rues et fenêtres à la poursuite d’un autre tueur voulant éliminer sa fidèle alliée, Nicky Parsons. Caméra embarquée, montage ultra cut de plans épaules, le style Greengrass est poussé dans ses retranchements lors de ce morceau de bravoure qui ne s’arrête jamais pour respirer.

8. Death Sentence

James Wan a pris le public par surprise lorsqu’est sorti ce vigilante flick pur et dur qu’est Death Sentence. S’éloignant de l’univers gore et tordu de Saw qui a fait sa gloire, le réalisateur américain s’est attaqué à un sous-genre conspué par la critique depuis les premières croisades anti-loubards de Charles Bronson dans les 70s. Death Sentence est d’ailleurs une adaptation (peu fidèle) d’un roman faisant suite à un Justicier dans la ville, c’est dire s’il se situe clairement dans cette lignée. Kevin Bacon, crâne rasé, regard fou, est l’attraction principale d’une série B assez formulaïque, mais impressionnante. En témoigne la course-poursuite filmée presque intégralement en plan-séquence dans un parking de cinq étages, dans lequel Bacon joue à cache-cache avec des truands très remontés, qui n’échapperont malgré tout pas à une chute très douloureuse. Une séquence sous adrénaline et sans concession, à l’image du film.

7. Takers

Énième polar bling-bling tentant de reproduire sans se forcer la magie de Heat (mais pour ça, il faudrait être un magicien, ce que n’est pas le newbie John Luessenhop), Takers a au moins pour se distinguer un instant de pure efficacité, un éclair de lucidité niché au cœur d’un divertissement par ailleurs complètement anonyme et farci d’acteurs en roue libre (Hayden Christensen, Paul Walker, et surtout l’affreux Tip Harris, rappeur à deux sous qui se croit à chaque plan dans un clip de biatches). Suite à un braquage malheureux, l’un des braqueurs joué par Chris Brown, lui aussi rappeur/acteur, tente d’échapper aux deux flics lancés à ses trousses (dont Matt Dillon). S’ensuit un moment de suspense assez étonnant, où Brown, pas peu fier de faire ses propres cascades, enchaîne les sauts de cabri par-dessus murs et voitures, sans jamais pouvoir semer ses poursuivants. Le tout se finit dans un hôtel, où le sort du bondissant Jesse, personnage le plus attachant de l’histoire, connaît un sort fatal. Mais il sera indéniablement parti avec classe ! 

6. Casino Royale

Désolé Yamakasi : s’il y a bien un film qui a immortalisé sur grand écran l’attrait visuel et kinétique du Parkour, c’est bien Casino Royale. Le reboot de la franchise d’espionnage avec Daniel Craig s’est distingué dès son premier acte par cette scène à couper le souffle située à Madagascar. L’acteur, qui s’est entrainé comme un forcené pour tenir la distance dans un maximum de plans, se retrouve confronté au spécialiste de cette discipline où l’environnement et les obstacles ne sont que des terrains de jeu et de grimpette en tous genres, Sébastian Foucan. Ça va vite, c’est vertigineux, imaginatif et brutal, et contrairement à Marc Foster, Martin Campbell sait filmer l’action de manière à la garder lisible. Run, 007, run !

5. L’impasse

Certains préféreront toujours Scarface. D’autres moquent son lyrisme naïf. Mais L’Impasse est quoiqu’il en soit l’une des plus grandes réussites de son auteur, Brian de Palma, et un sommet du film policier des années 90 (reconnu comme tel par ces retourneurs de veste des Cahiers du Cinéma, d’ailleurs). Celui-ci a les cojones assez bien accrochées pour ouvrir son film avec l’agonie de son héros, Carlito Brigante, comme pour placer toute l’œuvre sous le sceau d’un fatalisme morbide. Un choix d’autant plus déchirant que son héros se débat contre vents et marées pour s’extirper d’un milieu qui l’a façonné, et qui va irrémédiablement lui refuser une quelconque rédemption. C’est tout cela qui se trame dans le grand final de L’impasse : une course-poursuite opératique où De Palma montre toute l’étendue de son talent, organisant un cache-cache époustouflant dans les travées de Grand Station, en faisant miroiter, à chaque obstacle/homme de main écarté ou semé, une issue positive à cette histoire. À voir, à revoir, à décortiquer encore et encore.

4. À bout portant

Cocorico ! Il fallait bien un représentant tricolore dans ce top, et quel autre titre plus marquant qu’À bout portant conviendrait ici ? Le deuxième film d’Alain Cavayé (après Pour elle), plonge Gilles Lellouche et Roschdy Zem dans une pure histoire de film du samedi soir : un kidnapping, un compte à rebours, un innocent pourchassé et une traque de 90 minutes, qui culmine avec une course-poursuite où Samuel (Lellouche) détale avec l’énergie du désespoir pour fuir la police, quitte (le fou) à entrer dans le métro pour les semer. L’utilisation de décors réels parisiens a rarement été aussi judicieuse que dans cette séquence tendue comme un string, qui pousse le réalisme jusqu’à faire vomir son héros au terme d’un sprint qu’on imagine douloureux pour un type moyennement sportif. On a tous connu ça. Non ? 

3. Minority Report

Le film de Steven Spielberg part presque avec un point d’avance. Eh oui, « everybody runs », c’est tout simplement le slogan de ce classique de l’anticipation, le mot d’ordre imposé au « Pré-Cop » John Anderson, obligé par un complot hitchockien à fuir ses propres collègues, qui auront d’autant plus de mal à l’attraper qu’il est le meilleur d’entre eux. S’ensuit un long, long morceau de bravoure que Spielberg place au début du film, rivant le spectateur à son siège alors que Cruise saute sur des voitures volantes, s’agrippe à des flics en jetpack, ou atomise ses poursuivants avec un fusil à ondes de choc. La poursuite se termine, ô ironie, dans une usine de construction de voitures, un outil bien plus approprié pour s’enfuir en bonne et due forme vers la deuxième partie du film, une enquête que l’on suit dès lors repu par un tel moment d’anthologie.

2. Murderer / The Chaser

Exceptionnellement, les deux films de Na Hong-Jin sont ici classés ex-aequo, tant ils constituent une paire complémentaire démontrant tout le talent de ce cinéaste ayant pris tout le monde par surprise dès son premier passage derrière la caméra. S’il est moins fourni en scènes spectaculaires (c’est avant tout un pur thriller à suspense), The Chasern’en dispose pas moins d’un titre tout désigné pour y placer une bonne poursuite : celle-ci se déroule dans les rues pavillonnaires de Séoul, alors que notre improbable héros, un maquereau vexé de voir disparaître ses filles, tente de mettre la main sur le serial-killer qui les a décimées. Na Hong-Jin voit encore plus grand avec Murderer, qui propose là aussi un personnage principal peu sympathique mais confronté à encore plus pourri que lui. Là, l’action s’étend progressivement des petites ruelles aux voies rapides, puis au port de la ville, dans une escalade de cascades, de carambolages et de sauvagerie qui laisse tout simplement pan-tois. Comment ça, vous ne les avez pas encore vus ?

1. Point Break

Choix classique, mais choix solide, le buddy-movie sévèrement cool de Kathryn Bigelow n’a toujours pas pris une ride vingt ans après sa sortie. Modèle d’efficacité, Point Break transcende son script puéril par la seule force de sa réalisation, toujours au cœur de l’action et carburant au premier degré, en total contraste avec des dialogues désopilants à la Shane Black et une mécanique de thriller surréaliste confinant à l’absurde. Une recette miracle (il n’y a qu’à voir le nombre de copies ratées pour s’apercevoir que l’alchimie n’était pas si évidente), constituée notamment de scènes d’action cultes, telles cette formidable, inventive et enragée course-poursuite entre un Patrick Swayze en feu grimé en Ronald Reagan ( !) et un Keanu Reeves tous cheveux dehors, ne se laissant même pas arrêter par les chiens qu’on lui lance à la figure. La steadycam de Bigelow fait ici des merveilles, la scène se terminant par un plan qu’on ne présente plus depuis que Hot Fuzz lui a rendu un hommage définitif.