Avec plus d’une centaine de titres sélectionnés chaque année, il est inévitable que le Festival du film fantastique de Bruxelles varie les ambiances et les sujets. La preuve une nouvelle fois avec les trois films dont nous parlons ci-dessous, qui sont autant de propositions originales allant de la production familiale (Robots Supremacy) à la potacherie gore (Turbo Kid) en passant par le drame indé plus noir que noir (Faults). Enjoy !


Robots Supremacy : quand les Goonies rencontrent Transformers

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Du réalisateur Jon Wright, nous connaissions jusqu’à présent le très drôle Grabbers, film de monstres portés sur la bibine qui délocalisait avec talent dans un village paumé d’Irlande les grandes lignes des scénarii des Dents de la mer et d’Aliens. Nostalgique d’une science-fiction à l’ancienne, le cinéaste récidive avec le très rétro Robots Supremacy (aka Robot Overlords), production familiale qu’il ne faut pas trop prendre pour une copie de Transformers. Certes, les énormes machines qui ont dans cette histoire envahi la Terre ont la capacité de se transformer et de tirer d’énormes jets à protons (effet désintégrant garanti), mais on est loin de la cacophonie métallique de Michael Bay. L’invasion alien est ici surtout un prétexte pour broder un film d’aventures aussi naïf qu’attachant, avec son quatuor de gamins reclus dans une maison d’un autre village paumé de bord de mer. Les robots ne plaisantent pas avec le couvre-feu, et les enfants portent comme le reste de l’humanité une puce qui les rend repérables partout. Le jour où ils grillent par mégarde ce détecteur (il suffit de s’électrocuter gaiement – ne faites pas la même chose à la maison les enfants !), nos innocents héros s’évadent et tentent de rejoindre une hypothétique Résistance, tout en échappant au vilain collabo Smythe (Ben Kinglsey en pilotage automatique).

S’appuyant sur des effets spéciaux plutôt honorables pour une modeste production britannique, Robot Overlords ne brille pas par l’originalité de son scénario, qui place par exemple le héros de la bande, Sean (Callan McAuliffe, vu dans Hacker) dans le confortable siège de « l’élu » capable de contrôler les machines, et fait planer trop peu de menaces sur les personnages pour générer un véritable suspense. Jon Wright tente visiblement d’émuler l’ambiance des Goonies, ce qui est loin d’être répréhensible, mais limite le plaisir que les adultes pourront prendre devant ce qui se résume à un divertissement inoffensif. Point bonus malgré tout pour avoir enrôlé dans l’aventure Gillian Anderson, maman pugnace idéale pour nos débrouillards garnements !


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Troissurcinq
Robots Supremacy (Robot Overlords)
De Jon Wright
2014 / Royaume-Uni / 95 minutes
Avec Ben Kingsley, Gillian Anderson, Callan McAuliffe
Sortie le 2 février 2016 en DVD et Blu-Ray
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Turbo Kid : le rétropédalage, c’est chic !

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OVNI bricolo idéal pour une séance tardive de festival, Turbo Kid propulse comme beaucoup de productions récentes le spectateur dans l’époque révolue des années 80. Comme chez Carpenter, le futur ici, c’est l’année 1997, un monde post-apocalyptique évoquant plus les rip-off italiens de Mad Max que Mad Max lui-même, et où l’eau est devenue la denrée la plus précieuse. L’essence ? Un rêve lointain, puisque les survivants de cet univers alternatif n’ont plus que leurs jambes pour se déplacer… et des vélos, que chacun tune avec les moyens du bord. Ce qui frappe donc d’abord dans ce film canadien signé par le collectif « RKSS », c’est cette vision kitschissime d’un paysage désertique constitué de mines abandonnées et de vieux entrepôts décorés à la va-vite, dans lequel circulent sur leur deux-roues des personnages patibulaires en haillons. Parfaitement conscients du ridicule de cette vision, les réalisateurs en rajoutent dans l’absurde, en faisant d’un pneu crevé une source de suspense ou en organisant des poursuites en BMX forcément peu spectaculaires.

Outre ce décalage permanent qui permet malgré tout de créer un univers à nul autre pareil, Turbo Kid cligne aussi de l’œil aux feuilletons type Power Rangers, le héros, « Kid », étant un orphelin solitaire rêvant de retrouver un jour l’armure de Turbo Man. Bien sûr, il y parvient, et même là, l’armure se limite à un énorme gant en scratch doté d’un rayon chargeur à la Metroid aux effets dévastateurs. Ah oui, il faut le rappeler : sous ses airs de pochade en équilibre entre le ridicule et le jouissif, Turbo Kid cache aussi un tempérament de goreux tendance outrancier. Nous défions quiconque de ne pas penser à Peter Jackson tant les « RKSS » multiplient les explosions sanglantes, les gags à base de corps sectionnés et les geysers hystériques avec un délirant entrain.

Ça pourrait être Z, mais c’est finalement réussi, parce que le casting apporte un certain allant à une galerie de personnages soigneusement ridiculisés (de l’androïde girly énervée joué par Laurence Leboeuf au très vilain borgne Zeus, confié aux bons soins de Michael Ironside, en passant par l’excellent Skeletron, quaterback hirsute et masqué adepte de la scie circulaire), et parce que, tout brinquebalant qu’il soit, ce monde très référencé et improbable tient debout, propulsé qu’il est par la BO forcément vintage de Le Matos.


[styled_box title= »Note Born To Watch » class= » »]

Troissurcinq
Turbo Kid
D’Anouk et Yoan-Karl Whissell, François Simard
2015 / Canada – Nouvelle-Zélande / 95 minutes
Avec Munro Chambers, Laurence Leboeuf, Michael Ironside
Sortie prochainement
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Faults : thérapie de choc

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Déjà sélectionné l’an passé à l’Étrange Festival, et en attendant une hypothétique distribution française, Faults est à nouveau apparu à Bruxelles pour tenter de surfer sur le buzz discret qui s’est créé autour de lui. Petit film indé et premier long métrage de Riley Stearns, Faults traite, comme Martha Marcy May Marlene, du thème de l’embrigadement sectaire sous un angle particulier, à travers le personnage de Claire (une excellente Mary Elizabeth Winstead, vue dans Scott Pilgrim et Die Hard 5, et accessoirement épouse du réalisateur), qui a quitté le domicile parental après avoir été approché par le culte surnommé « Faults ». Désespérés, ses géniteurs font appel à un spécialiste en matière de sectes, Ansel Roth (Leland Orser), pour la ramener vers eux. La méthode de Roth est brutale et lui a déjà valu des ennuis : il faut kidnapper puis isoler le sujet pendant une semaine pour la « déprogrammer ». Cela suffira-t-il ?

Disons-le clairement, la première demi-heure de Faults est absolument captivante, de par le choix que fait Stearns de faire de Roth le véritable personnage principal de ce quasi huis-clos. Les premières séquences jouent la carte du malaise en présentant cet écrivain proclamé « expert » au bout absolu du rouleau, réduit à mendier des repas gratuits pendant ses pathétiques conférences et fauché pour de bon après un douloureux divorce. Avec sa diction appliquée, son regard de chien battu dans lequel brille pourtant une lueur incisive et sa gestuelle paniquée, l’éternel second couteau Leland Orser signe une performance de premier ordre, plus passionnante que le film lui-même.

Car malheureusement, malgré la qualité de jeu des deux comédiens, et une pertinente mise en place des enjeux dramatiques de l’histoire, Faults prend son temps pour ne finalement aller pas bien loin. La sous-intrigue tournant autour des dettes de Roth paraît forcée, les échappées en territoire lynchien du dernier acte paraissent plus confuses que nécessaires, et le « twist » qui se fait longuement attendre ne fait qu’ajouter à la confusion sur le sens et la logique de cette triviale histoire. Dommage.


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Deuxsurcinq
Faults
De Riley Stearns
2014 / USA / 89 minutes
Avec Leland Orser, Mary Elizabeth Winstead, Chris Ellis
Sortie prochainement
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