Top 10 : les meilleurs rôles de Ben Affleck

par | 23 août 2013

Warner l’a choisi pour être Batman : Born to Watch se penche sur la carrière de Ben Affleck, aussi plébiscité en tant que réalisateur que décrié pour ses performances d’acteur.

Ben Affleck est la preuve vivante qu’à Hollywood, aucun destin n’est écrit d’avance. Comédien et scénariste oscarisé à sa plus grande surprise dès ses débuts, aux côtés de son pote Matt Damon pour le scénario de Will Hunting, Affleck et son sourire de vainqueur sont rapidement devenus une valeur sûre dans les années 90. Cette légitimité gagnée très tôt, associée au carton planétaire d’Armageddon, dans lequel il se voyait héritier spirituel de Bruce Willis, a mis l’acteur en orbite, pour le meilleur… et pour le pire, souvent. Sa filmographie en dents de scie, marquée par quelques bides de compétition et des prestations il faut le dire assez transparentes (pour ne pas dire énervantes), évoluait loin de la qualité de ses débuts dans le cinéma indépendant, chez Richard Linklater et son grand pote Kevin Smith. Affleck aura a touché le fond avec « l’affaire » Jennifer Lopez (un désastre amoureux autant que cinématographique), avant de rebondir de la manière la plus spectaculaire qui soit.

Grâce à un choix avisé, passer derrière la caméra pour mettre sa belle gueule en retrait, Affleck s’est découvert un vrai talent de réalisateur, manifeste dans Gone Baby Gone et The Town, et qui a l’amené au sommet de sa popularité avec le triomphe critique et commercial d’Argo, paradoxalement le moins satisfaisant de ses trois films (voire notre critique). Après son apparition dans le dernier Terrence Malick, À la merveille, et alors qu’il doit rejoindre le tournage du Gone Girl de David Fincher, le choix de la Warner de faire de lui son prochain Batman dans le Man of Steel 2 de Zack Snyder (et sans doute dans Justice League, sur lequel il était pressenti en tant que réalisateur), vient confirmer que l’étoile de Benjamin Geza Affleck n’a, malgré les critiques et les moqueries, pas fini de briller. Ça méritait bien un top 10, non ?

10. La somme de toutes les peurs

Dans le but de rajeunir la série très lucrative des Jack Ryan (qui va être rebootée en 2014 avec Chris Pine), Ben Affleck remplace dans La somme de toutes les peur le grisonnant Harrison Ford. De costard-cravate old-school, Ryan redevient un blanc-bec courageux mais sur lequel tout le propos politique du film glisse comme de la peinture fraîche. Et pourtant, cet écheveau dramatique construit autour d’un impressionnant (et gonflé pour l’époque) attentat à la bombe donne froid dans le dos. Dommage qu’après une effective mise en place du compte à rebours avant le drame, le film s’enlise dans un climax où de méchants nazillons s’enfuient dans des ruelles anonymes d’Europe de l’Est, tandis que des militaires à vocifèrent au téléphone comme dans un épisode de 24h chrono. Certes, c’est chez Tom Clancy, mais quand même… Affleck, lui, se montre plus volontaire, et plus à son avantage que dans les films d’action en état de mort cérébrale (de Pearl Harbor à Paycheck en passant par Piège Fatal) où il s’est traîné sans se forcer des années durant.

9. Dérapages incontrôlés

Du réalisateur de Coup de foudre à Notting Hill, on attendait tout sauf un thriller social, encore moins avec Ben Affleck dans le rôle principal. La star fait pourtant plus que tenir tête à son collègue Samuel Jackson dans Dérapages Incontrôlés. Embarqués dans une spirale de mauvais coups après un banal carambolage, leurs deux personnages vivent ce qu’on pourrait appeler une journée de m… Le scénario de Chap Taylor, s’il se montre habile dans sa description parallèle de deux milieux diamétralement opposés, hésite toutefois à aller au bout de son raisonnement : Gavin Banek (Affleck, très convaincant en yuppie tête-à-claques) malgré ses erreurs, se révèle pas si mauvais qu’il ne joue à l’être, tandis que Doyle Gibson (Jackson) parvient à ne pas s’enfermer dans une logique d’auto-destruction totale. Malgré leurs dérapages communs, ces deux anti-héros parviennent à reprendre in fine le chemin du bon sens.

8. Mi$e à prix

Après dix ans de bons et loyaux services au sein de la A-list d’Hollywood, Ben Affleck peut prétendre au statut classe ultime : jouer les guests stars de luxe. Dans l’allumé Mise à prix de Joe Carnahan, il joue Jack Dupree, un entremetteur hâbleur qui met une foule de tueurs à gages sur la piste de Buddy Israel (l’excellent Jeremy Piven). Malgré son look imparable (bouc, tenue de sport et béret de frimeur) et une prestation haute en couleur, Affleck ne tarde pourtant à se faire canarder, signant la sortie de route prématurée d’un personnage très secondaire mais mémorable.

7. Jay & Silent Bob strike back

Par amitié pour Kevin Smith, avec qui il a tourné six films, Ben Affleck accepte d’égratigner son image avec humilité dans ce The Player revu à la sauce View Askew. Entre deux péripéties de Jay et Bob à Hollywood, Affleck et Damon jouent au caméométa, s’envoyant vanne sur vanne à propos de leurs carrières respectives au cours du tournage… de Will Hunting 2. La scène reste dans les mémoires parce qu’elle prouve que les deux hommes ont toujours été conscients de leurs différentes sensibilités artistiques, et des compromis qu’ils ont dû faire chacun de leur côté pour être toujours en haut de la liste. Un moment presque aussi hilarant que celui où Mark Hammill se bat avec une main géante…

6. Argo

S’il a pu brader son talent dans une flopée de comédies romantiques / familiales et de blockbusters sans intérêt, Ben Affleck a en revanche eu un flair certain pour choisir ses projets une fois devenu réalisateur. Dans Argo, qui lui a valu de remporter l’Oscar du meilleur film (remis par nul autre que le Joker ! Présage !), l’acteur incarne un personnage réel, Tony Mendez, « exfiltrateur » de la CIA qui en 1979, mit en place la plus improbable des opérations de couverture pour faire s’échapper des ressortissants américains d’Iran : les faire passer pour une équipe de film en repérage. Le mélange explosif de leçon d’histoire, de comédie satirique et d’intrigue d’espionnage est presque trop beau pour être vrai. Il permet en tout cas au comédien, qui s’est gardé un rôle central de chef d’orchestre à la fois patriote et en plein doute, de prouver qu’il peut tenir sur ses épaules des films sérieux et engagés, à la façon d’un Robert Redford dont il semble vouloir retrouver en permanence l’esprit, dans ce film indéniablement soigné mais un peu trop sage.

5. Les initiés

Dans ce thriller économique de Ben Younger, qui se voulait le Wall Street des années 90, Ben Affleck fait un petit numéro haut en couleurs. Dans un prologue calqué sur celui d’Alec Baldwin dans Glengarry, Affleck joue les requins de la finance avec délectation, et délivre aux jeunes bleus, dont l’innocent Giovanni Ribisi un speechimpressionnant sur l’avidité, l’inutilité des scrupules et l’esprit de compétition. L’acteur est effrayant d’efficacité : son sourire carnassier, sa silhouette massive et son rictus calculé se prêtent à merveille à ce rôle de yuppie arrogant, contrastant physiquement avec le frêle Ribisi.

4. Méprise Multiple

Longtemps avant que Kevin Smith ne s’essaie à la comédie romantique subtile avec Jersey Girl, il livrait cet explicite Méprise multiple, ou l’histoire d’un duo de dessinateurs de BD tombant sous le charme d’une collègue au passé sexuel chargé… Univers View Askew oblige, les dialogues tombent souvent en-dessous de la ceinture, entre deux références à la pop culture, mais déjà, le cinéaste teinte son univers délirant d’une touche de gravité, anticipant les vagues de séries télé consacrées aux déboires sentimentaux des geeks (Big bang theoryIT Crowd, et consorts). Avec un bien beau message à la clé : l’amour est imparfait, et c’est quand on l’accepte qu’on le connaît vraiment. Qui l’eut crû, venant de Silent Bob (qui fait d’ailleurs sa plus belle apparition) ? Encore inconnu, Ben Affleck se montre très à son aise en grand dadais incurablement amoureux…

3. Will Hunting

Les meilleures histoires de cinéma sont souvent celles qui reflètent la réalité, et dans le genre, Will Hunting a tout d’un petit manuel pour un wannabe star : ce scénario sur deux potes de Boston, dont l’un est un génie des maths, est un projet que deux potes ont tenu à bout de bras durant des années, conscients de leur talent et du potentiel de leur sujet. Matt Damon et Ben Affleck, s’ils étaient déjà acteurs à l’époque du film de Gus Van Sant, n’avaient pour eux que leur bagout et l’amitié d’Harvey Weinstein. Cela, et l’ajout d’une star bankable (Robin Williams) en tête d’affiche, a suffi. Si Matt Damon, dans le rôle-titre, en a logiquement plus profité, Ben Affleck, en retrait mais très touchant en fidèle ami servant à la fois de confident et de catalyseur pour son pote d’enfance, est celui qui a le plus capitalisé sur ce succès surprise. À partir de là, le salaire de l’acteur va se chiffrer en millions, et son parcours va drastiquement s’éloigner pour un temps de celui de Matt Damon, artistiquement parlant. De fait, c’est exactement de cela que cause Will Hunting. Belle histoire.

2. The Town

Bien qu’il ait un physique purement californien, carré et excessivement « ciselé » (tout le contraire de son petit frère à la voix éraillée, Casey), Ben Affleck porte indubitablement la ville où il a grandi, Boston, dans son cœur. Après avoir adapté un polar de Dennis Lehane, Gone baby gone, la star a gardé le même décor pour son film suivant, se déplaçant dans le quartier de Charlestown pour les besoins du bien plus musclé The Town, un film de hold-up tendu tirant sa force des remous émotionnels qui secouent chacun de ses héros, et comporte au moins deux scènes d’action d’anthologie. Si Jeremy Renner écope du rôle le plus extraverti, celui du menaçant et imprévisible James Coughlin, Affleck se montre tout aussi à son avantage en jouant son meilleur ami Doug, cerveau d’une bande de braqueurs qui entrevoit la proverbiale porte de sortie lorsqu’il tombe amoureux d’une employée de banque. Épaules voûtées, diction maladroite, cet écorché vif méprisant son paternel montre toutefois une volonté de fer dans le feu de l’action, donnant l’occasion au comédien de montrer qu’il s’épanouit parfaitement dans l’univers du film noir.

1. Hollywoodland

Même s’il l’a un peu mérité, l’image de tête de Turc que se traîne Affleck depuis en gros Armageddon ne doit pas être facile à vivre tous les jours. Le type a quand même été nominé au Razzie Award du « pire acteur de la décennie ». Son travail de réalisateur a pourtant montré qu’il avait de l’ambition à revendre et un amour inconsidéré du cinéma (chose dont on pouvait effectivement douter en voyant Daredevil), qu’il avait peut-être mûri aussi, et étoffé un jeu au départ assez limité. Sa légitimité d’acteur, Affleck ne l’a jamais autant affirmée que dans le Hollywoodlandd’Allen Coulter, où il joue, avec pas mal de kilos en plus, rien moins que… Superman. Ou plutôt George Reeves, vedette dans les années 50 de la série TV Les aventures de Superman. Sans doute touché par le destin de cet acteur sur le déclin, qui végétait paradoxalement dans un show qui lui avait apporté une vraie renommée, Affleck livre dans ce film noir un peu trop poseur (Adrien Brody y est tout sauf crédible en détective privé) sa meilleure prestation, se montrant charmeur, colérique, désemparé, et juste dans toutes les facettes de son personnage. Le fait qu’il joue une star dont les circonstances de la mort en 1959 n’ont jamais été élucidées, ajoute au mystère et à l’aura qui entoure le rôle, qui lui a valu, justement, une nomination au Golden Globe du meilleur acteur, sa seule à ce jour.