Si la 31e édition du Festival international du film fantastique de Bruxelles (ou BIFFF 2013) a débuté en beauté avec Byzantium, la deuxième journée de la manifestation s’est elle révélée chiche en surprises. Les événements de la journée, Maniac et Citadel, n’avaient rien d’inédit pour les festivaliers français, et notre attention s’est donc portée sur d’autres titres moins prestigieux, et malheureusement pour cette fois, moins intéressants. Dans l’ordre d’arrivée, voici donc trois chroniques consacrées respectivement à Hellgate, Kiss of the damned et Mars & Avril.

Hellgate : une porte s’ouvre sur l’ennui

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[quote_left] »Oui, ça sonne déjà moyen sur papier. A l’écran, c’est encore pire. »[/quote_left]Scénariste surtout connu pour sa participation à la saga du Retour des morts-vivants, John Penney fait un second passage piteux derrière la caméra avec ce Hellgate avec cette coproduction américano-thaïlandaise surfant sur un sujet (un héros qui voit des morts après avoir survécu à un accident traumatique) qui en rappelle à la base déjà beaucoup d’autres et pas toujours des fameux. Comme il s’agit d’une production à vocation internationale, tout le monde à Bangkok parle un anglais pitoyable, même lorsqu’ils ne sont pas en présence de Jeff Matthews (Cary Elwes, palot, bouffi et en crise de surjeu alarmante), américain bon teint qui perd sa femme et son fils dans un accident de voiture. Il aimerait bien revoir la famille, manque de pot, ce sont des spectres vindicatifs et des personnes en train de mourir violemment qu’il voit partout. Enfin, lui les voit. Le spectateur doit lui se farcir de violents jump cuts incompréhensibles accompagnés de sons stridents. Du début. A la fin.

Vous me direz, que peut-on faire dans ce cas-là ? Aller voir un spécialiste, pardi, et c’est là que débarque Warren, planche de surf et dégaine à la Dude en caleçon, un expert en chamanerie tout aussi blanc que lui – allez savoir pourquoi, les Occidentaux maîtrisent mieux les croyances locales que leurs propres habitants. Dans ce rôle aux confins du ridicule (les pires répliques lui sont réservées), l’impeccable William Hurt aligne là un nouveau rôle alimentaire, bien loin de la réputation d’exigence qui lui est habituellement accolée. À lui de guider le patachon Cary, qui n’a plus rien du prince de Princess Bride, et son aide soignante/future copine dans une forêt peuplée de spectres décharnés à la Vinyan, jusqu’à la fameuse « Hellgate » où il pourra retrouver… son âme. Oui, ça sonne déjà moyen sur papier. A l’écran, c’est encore pire, sachant que le monteur perd régulièrement la boule (et le sens de l’espace) et que le directeur photo ne parvient que très rarement à capturer la réelle beauté des paysages thaïlandais. So… next !

Kiss of the damned : des crocs et du cul

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[quote_right] »Kiss of the damned n’apporte rien de nouveau au sous-genre qu’il illustre. »[/quote_right]La petite production indépendante Kiss of the damned a fait parler d’elle récemment, non pas pour la présence à la barre de Xan Cassavetes, fille de John et Gena Rowlands, mais pour son affiche (effectivement très belle) et son explicite trailer, revendiquant haut et fort la dimension sexuelle et perverse du film. Il fallait bien ça pour exciter l’imagination des amateurs, car au final, Kiss of the damned n’apporte rien de nouveau au sous-genre qu’il illustre (le film de vampires décadent, façon The Hunger), malgré une louable ambition de donner un cachet auteuriste – comprendre : rempli de plans de traviole sur la nature et de longues plages de contemplation silencieuse d’une Nature rappelant les humains à leur condition bestiale – à une histoire qui n’est guère plus originale qu’un épisode (et osé !) de True Blood.

Dommage pour ceux qui rêvaient d’une orgie de chair fraîche : malgré la présence de deux sublimes créatures n’ayant pas froid aux yeux (Roxane Mesquida et Joséphine de la Baume, entraperçue chez Tavernier et, hum, dans Johnny English 2) et d’un torturé et barbu Milo « Peteeer ! » Ventimiglia, qui ressemble de plus en plus au fils caché de Stallone, Kiss of the damned préfère suggérer et jouer l’éclipse que de se jeter pour de bon dans l’arène. Cassavetes cherche l’élégance dans le trivial, le flou artistique dans les clichés des vampires à l’ancienne, calfeutrés dans de riches demeures avec une gouvernante et fréquentant en catimini la haute société. Le triangle infernal formé pas nos trois torrides héros s’allonge alors, tandis que les passages obligés s’enfilent (sacrifice de vierge, disparitions mystérieuses, chasses nocturnes) à un rythme de biche arthritique. La préciosité retro du film a parfois du charme, tout comme ces effluves de gothique sudiste chères à la série d’Alan Ball. Néanmoins, ça ne suffit pas à faire de Kiss of the damned une réussite, ni même une série B sexy comme les producteurs voudraient nous le faire croire.

Mars & avril : inception spatiale

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[quote_left] »Honnêtement, il est clair qu’un tel univers serait mieux servi sous forme d’une bande-dessinée. »[/quote_left]Dans le grand monde de la BD belge, François Schuiten est un personnage incontournable, créateur avec Benoît Peeters de la série des Cités Obscures, série en 11 volumes dont le réalisateur québécois Martin Villeneuve s’est manifestement inspiré pour créer son roman-photo Mars et avril. Le jeune artiste a porté à bouts de bras depuis plus de six ans son projet d’adaptation cinématographique de cette saga située dans un monde futuriste étrange. L’objectif est à vrai dire ambitieux pour une production indépendante : dépeindre un univers de science-fiction (conçu visuellement par Schuiten lui-même, qui a soutenu le projet tout du long) détaillé et décalé, voire farfelu, où des septuagénaires décolorés jouent dans un cabaret liquide avec des instruments bizarres, où des « marsonautes » partent explorer la planète rouge pour y planter un téléporteur (et ainsi montrer aux dépressifs ce qu’est le véritable ennui !), et où les docteurs vous préconisent de soigner votre âme au lieu de vous proposer une greffe de poumon. Oh, et on y parle aussi d’une machine à explorer vos rêves pour y rechercher l’âme sœur (qui s’appelle Avril) sur Mars, un peu comme si Inception s’exilait tout d’un coup dans l’espace.

Honnêtement, il est clair qu’un tel univers serait mieux servi sous forme d’une bande-dessinée. Sans dénigrer l’énergie et le talent manifeste de Villeneuve, qui nous gratifie notamment d’un splendide générique illustrant le modèle cosmologique de Kepler (faites un effort, cherchez donc sur wikipedia), et de plans d’ensembles intrigants détaillant le monde de Mars et Avril, à l’architecture rappelant du coup Les cités obscures. Dommage que l’histoire, riche de ses différences et d’un imaginaire SF pour une fois plus littéraire que cinématographique, se résume à un triangle amoureux teinté de gérontophilie entre la dite Avril (jouée par une sosie de Shannyn Sossamon), un vieux musicien puceau qu’on jurerait sorti de Poudlard et un bien terne fabricant d’instruments ayant volé le scalp de Nicolas Sirkis. L’interprétation est hésitante, les dialogues pontifiants, et on en vient à trouver le temps long, en se laissant malgré tout porter par les belles images confectionnées dans la douleur par Villeneuve et son mentor belge.