Cargo : du zombie, oui, mais d’Australie

par | 29 mai 2018

Le film d’infectés retrouve un peu de fraîcheur grâce à Cargo, série B australienne pleine d’humanité où Martin Freeman joue un père contaminé, mais protecteur.
Il suffit parfois d’un simple buzz sur Internet pour passer le cap du long-métrage de cinéma. C’est ce qui est arrivé à Ben Howling et Yolanda Ramke, auteurs en 2013 d’un court-métrage, Cargo, ayant petit à petit atteint les 15 millions de vues sur YouTube. Un succès dû en partie au genre abordé par le duo australien, celui du film de zombies, mais aussi à l’originalité de son histoire : une gageure dans cet univers beaucoup trop fréquenté pour son propre bien. Après avoir joué les réalisateurs de seconde équipe sur Jungle, de leur compatriote Greg McLean, Howling et Ramke ont décidé de transformer Cargo en production grand format avec en vedette Martin « Bilbo » Freeman, reprenant le concept de base pour l’étendre sur près de deux heures. Un passage au long qui permet aux cinéastes d’introduire dans cette histoire de contamination et de deuil de nombreux personnages et thématiques, transformant une idée simple en odyssée sauvage au cœur d’un continent peu exploré jusqu’à présent par les infectés et autres morts-vivants increvables.
Un périple qui n’évite pas les clichés
Quand Cargo débute, la traditionnelle apocalypse a déjà eu lieu. Un virus, du genre original et foudroyant, a fait de la population australienne des infectés avides de chair fraîche. Pour échapper à ce triste sort, Andy (Freeman) et sa femme Kay (Susie Porter) vivent sur un fleuve dans une maison-péniche. Ils survivent au fil de l’eau et des opportunités, et protègent leur bébé Rosie. Mais après une rencontre aquatique malheureuse, Kay est contaminée. Elle n’a pas plus beaucoup de temps… et Andy, par la force des choses, non plus. Mordu à son tour, le papa anxieux se retrouve seul, avec son bébé sur le dos et un compte à rebours défilant à son poignet. Il a deux jours, pas plus, pour trouver un refuge pour sa fille dans l’immensité du bush australien. Non loin de là, Thoomi (Simone Landers, qui fait ses débuts à l’écran), jeune aborigène, cherche de son côté à retourner chez les siens…

"Cargo multiplie les rencontres entre Andy et des survivants, qui nous ramènent tous ou presque sur les chemins familiers d’un genre surexploité au cinéma, en littérature et dans les jeux vidéo."

La force du court-métrage Cargo résidait dans cette approche, émouvante et résignée, du thème de la contamination zombiesque. L’idée que l’amour d’un père pour son enfant transcende ce qui est par essence une maladie fatale et permette par son sacrifice de protéger sa vie, touche en plein cœur. Martin Freeman, tout en intériorité (parfois même un peu trop), est ce papa idéal, un type positif et débrouillard qui se sait malgré tout condamné, et doit surmonter les signes naissants de son infection pour offrir un futur à sa progéniture. Là où Howling et Ramke se passaient avant de dialogues, Cargo, le long-métrage, multiplie les rencontres entre Andy et des survivants, qui nous ramènent tous ou presque sur les chemins familiers d’un genre surexploité au cinéma, en littérature et dans les jeux vidéo. L’infirmière bienveillante, le bouseux surarmé (qui compte bien faire perdurer le règne de la colonisation industrielle une fois la civilisation remise sur pieds !), la frêle innocente… Des clichés, oui, qui après un premier acte propulsé par une mise en scène précise et étouffante, font tanguer un peu un film qui pourrait s’enfoncer dans les lieux communs et la torpeur de paysages certes sublimes, mais filmés de manière plus anonyme que chez McLean, justement.
Retour aux racines de la civilisation
Et pourtant, la singularité de ton et de décor de Cargo, son humanité fébrile, continue tout du long d’accrocher notre œil et de stimuler l’esprit. Les infectés, déjà, fascinent par leur démarche étrange, leurs accès de rage maniaque, et leur façon de s’enterrer dans le sable, comme une autruche, pour échapper à la lumière du soleil… Et puis il y a la contamination elle-même, vision gluante de visages ravagés par un liquide verdâtre, auxquels une société impuissante ne peut apporter qu’un réconfort : des seringues-suicide… pour éviter la transformation. Malgré l’impression de déjà-vu qui s’échappe de certains rebondissements, Cargo est riche de ces trouvailles, de cette mythologie en creux qui se dessine derrière un récit de survie tout aussi inédit dans sa configuration.

L’apport le plus évident du long-métrage se situe dans cette part importante donnée à la culture aborigène, montrée comme le dernier bastion de résistance de la civilisation. En retournant à leurs origines, à la communion avec la nature, Thoomi et sa famille montrent qu’il est possible d’échapper au chaos et à la violence que l’homme blanc perpétue (il est sous-entendu que le fameux virus n’est pas naturel, mais d’origine humaine), de revenir aux racines de la vie en communauté. On sent que la thématique est chère à Howling et Ramke, qui ont associé cette même communauté à l’écriture et à la production du film. Cette dimension naturaliste, mystique sans jamais être forcée, contribue également à faire de Cargo une production à part, une série B modeste qui distille assez d’idées fraîches pour justifier son visionnage.