Piercing : petits meurtres entre ennemis (PIFFF 2018)

par | 5 décembre 2018

Huis-clos à l’esthétique forte, Piercing enferme un proto-Dexter dans un cauchemar lynchéen aux relents SM. Un film soigné, mais désespérément creux.

Reed (Christopher Abbott, sosie dépressif de Kit Harington croisé dans Sweet Virginia et Girls) est un père de famille en passe de devenir un vrai Dexter. Il entend des voix et planifie méthodiquement, en répétant les gestes et en listant les outils nécessaires et tous les éventuels obstacles, le meurtre d’une call-girl choisie au hasard, Jackie (Mia Wasikowska, The Double, Crimson Peak). Un acte monstrueux qui ne poserait aucun problème logistique, si la victime désignée n’était pas en réalité une dingo adepte de l’auto-scarification. Au petit jeu du « qui est le plus taré », qui gagnera ? Peut-être l’amour ?

Pas très perçant…

Délaissant clairement, dès son beau pré-générique grindhouse et ses panoramiques sur des miniatures de gratte-ciels en carton-pâte, toute forme de réalisme, Piercing est le second long-métrage de Nicolas Pesce, auteur d’un bien plus sombre (et en noir et blanc) The Eyes of my mother, resté inédit en France. Bon, n’allons pas jusqu’à dire que Piercing, adapté d’un roman de Ryu Murakami (auteur d’Audition, cette belle histoire de blind date où l’on scie des pieds en sifflotant) est beaucoup plus gai. Mais au moins, c’est – très – coloré.

"Sous son emballage artisanal et ses artifices pop, le film, pétri de références cinéphiles voyantes, demeure incroyablement creux et sans substance."

Malgré sa volonté évidente de choquer, Piercing, déjà sélectionné au Festival de Beaune en avril dernier, s’avère bien plus inoffensif qu’il ne voudrait, laissant ses deux acteurs faire vivre des personnages de carton-pâte, aux traits de caractères moins marquants que les décors psychédéliques qui les entourent. Élément à part entière du dispositif, la BO estampillée seventies aligne des citations bien senties : Goblin, King Khan, beaucoup de Bruno Nicolai… Mais sous son emballage artisanal et ses artifices pop, conférant un cachet certain à l’ensemble, le film, pétri de références cinéphiles voyantes (Kill Bill, le giallo, David Lynch, Argento et même un clin d’œil à Shining), demeure incroyablement creux et sans substance. Les traumas de Reed versent autant dans le grotesque que la folie arbitraire de Jackie. Et si leur relation aux relents sado-maso-criminels est fatalement singulière, elle ne crée à aucun moment cette étincelle de folie qui viendrait défaire l’impression d’assister à un exercice de style versant dans l’autosatisfaction et la provoc sagement calculée.