The Unthinkable : l’invasion venue du Nord (Sitges 2018)

par | 16 octobre 2018

Surprenante production scandinave, The Unthinkable imagine les conséquences d’une invasion globale de la Suède sur une famille à ressouder. Le résultat est spectaculaire.

Dans un avenir presque apocalyptique, la Suède subit l’attaque d’une force inconnue. Au milieu du chaos, Alex (Christoffer Nordenrot, Mr Ove) est contraint de retourner dans sa ville natale pour enterrer sa mère, victime d’un attentat terroriste. Ayant coupé les ponts avec son père qu’il tente d’éviter à tout prix, Alex est amené à croiser le chemin de sa petite amie de sa jeunesse, Anna (Lisa Henni, Easy Money).  Mais bientôt même le petit village, du fait de sa position stratégique, se voit soumis à l’invasion qui prend de l’ampleur. Alex doit alors tout faire pour se sauver et survivre…

Catastrophes et mélodrame

« La Guerre c’est terrible, mais la famille, c’est pire encore » pourrait être la tagline de la production suédoise The Unthinkable, qui a réussi à surprendre son monde à la dernière édition du Festival de Sitges. Premier long-métrage de Victor Darnell (qui utilise le pseudonyme de son collectif de réalisateurs de courts-métrages « Crazy Pictures »), The Unthinkable  parvient à convaincre autant dans le domaine du thriller guerrier paranoïaque que dans celui du drame émotionnel grâce à des choix narratifs assez gonflés, tout en offrant un spectacle de qualité et des scènes techniquement époustouflantes. Et ceci avec un budget bien entendu plus réduit qu’une production hollywoodienne. Par sa manière de mêler intrigue familiale (il ne faut pas oublier que nous sommes au pays d’Ingmar Bergman) et ambiance familière de film d’invasion, Victor Darnell propose une approche à l’opposé de la caractérisation que l’on avait pu voir dans d’autres films du genre, tels que L’Aube Rouge (celui de John Milius, pas la purge avec Chris Hemworth) ou  Bushwick avec Dave Bautista.

"The Unthinkable demeure un mélange de film de guerre et de mélodrame merveilleusement équilibré."

Faisant porter la majeure partie de ses enjeux sur les épaules du personnage complexe d’Alex (excellent Christoffer Nordenrot), à la limite de l’antipathie, le réalisateur suédois pose ses bases dans un premier acte mélodramatique certes étiré, mais qui explicite le thème du ressentiment qui draine tout le récit, même dans sa partie apocalyptique. Qu’il s’agisse de l’absence de relation d’Alex avec ses parents ou de l’acte manqué que représente son premier amour, tous les éléments servent à construire une toile d’araignée sentimentale qui finira par exploser dans un contexte extraordinaire. Le tout dans un style qui rappelle les débuts de Sofia Coppola, tendance Virgin Suicides ou encore Lost in Translation par sa relation avec la musique.

Une famille face au chaos

Au niveau spectacle, The Unthinkable n’est pas en reste avec une gestion minimaliste de l’action dans les premiers temps. Des attentats terroristes sont évoqués presque hors champ, puis l’action monte en puissance, basculant dans le film catastrophe urbain pour finir avec des cascades en hélicoptère. Le tout est mis en scène de manière impressionnante dans une ambiance froide et pluvieuse, qui renforce la tension et l’atmosphère de paranoïa dans les deux derniers tiers du récit. Mais malgré toutes ces péripéties où la science-fiction vient se mêler adroitement au film d’invasion, le fil qui unit Alex, son père et Anna et le poids de leurs traumas respectifs n’est jamais oublié. Il culminera en apothéose dans une dernière ligne droite où la violence expiatoire ne sera plus contenue.

Certes, le film a quelques défauts : une perte visible de rythme, des personnages secondaires que l’on aurait aimé plus développés, donnant l’impression de voir une mini-série condensée en deux heures de métrages. Mais ces quelques réserves passées, The Unthinkable demeure un mélange de film de guerre et de mélodrame merveilleusement équilibré. Victor Darnell y réussit l’exploit de rendre visuellement tangible notre peur face à l’effondrement d’une société, tout en s’autorisant une note « géopolitique » finale bien goguenarde.