Leslye Headland, réalisatrice de Bachelorette, revient une nouvelle fois avec une comédie, Jamais entre amis, produite par Will Ferrell et qui rappelle comme son précédent long-métrage le côté « trash, mais sentimental » des productions de Judd Apatow. Aux antipodes de la romance simplette et cousue de fil blanc, Jamais entre amis revendique sa modernité en phase avec nos mœurs actuelles, tente de sortir des codes du genre et se donne des faux airs de Quand Harry rencontre Sally. Le film narre les déboires sentimentaux de Jake et de Lainey qui, après avoir perdu leur virginité ensemble à l’université, se retrouvent 12 ans plus tard. Ils découvrent qu’ils sont tous deux d’incorrigibles infidèles. Lui, incapable de poursuivre une relation sérieuse, multiplie les conquêtes. Elle, victime d’une obsession maladive pour son ancien amant, trompe systématiquement avec lui ses petits amis. Ensemble, ils décident de se soutenir dans leur quête de l’âme sœur.

Défilé de « bouilles »

Jamais entre amis : comme un air de déjà-vu

Pour raconter cette histoire d’amitié impossible entre un homme et une femme, Leslye Headland a misé sur un duo qui fonctionne plutôt bien. Plutôt convaincant sans son rôle, Jason Sudeikis (Comment tuer son boss ?) incarne un séducteur aussi agaçant que charmant. Alison Brie, quant à elle, n’était pas le premier choix de la réalisatrice et cela se ressent, en particulier dans sa manière de caler son interprétation sur celle qu’elle produisait dans la série Community, sans chercher à donner davantage de corps à son personnage. La voix haut perchée de l’actrice et ses mimiques répétitives auront tendance à rapidement agacer. Heureusement, elle parvient assez justement à exprimer les faiblesses de son personnage, atteinte d’une addiction sévère.
[quote_center] »Dans un New York des beaux jours, un couple platonique discute sans tabou de ses difficultés existentielles. »[/quote_center]
Le casting fait aussi défiler une série d’acteurs sympathiques bien connus des sérivores, comme Natasha Lyonne (Orange is the new black) ou, surprise, Marc Blucas, dont le dernier rôle marquant remonte à la série Buffy contre les vampires ! Fidèle sidekick des comédies anticonformistes, le barbu Jason Mantzoukas s’en donne à cœur joie dans son rôle de conseiller du héros. Adam Scott (connu pour ses rôles dans Party Down et Parks and Recreations) porte sur ces épaules le personnage de l’imbuvable Matthew, gynécologue qui entretient une relation adultère et perverse narcissique avec Lainey en manipulant la fragilité de la jeune femme.

Faussement incorrect

Jamais entre amis : comme un air de déjà-vu

Le film laisse bien souvent la place à l’improvisation des acteurs. Ces scènes aux dialogues prolongés ne recherchent pas, à tout prix, le rire facile et oscillent entre sérieux et politiquement très incorrect. Seulement voilà, le discours affiché de Leslye Headland ne semble pas toujours le plus approprié. Il est regrettable qu’après Bachelorette, et son girl power revendiqué, Jamais entre amis retourne à la bonne vieille relation dominant/dominée. Car, c’est bien Jake qui, de bout en bout, protège et « sauve », la vulnérable et douce Lainey. Et que dire de cette scène édifiante où le jeune homme apprend à sa copine à se masturber correctement ? Certes, le sérieux papal des deux personnages, concentrés sur la « manipulation » d’une bouteille vide reste une image, sortie de son contexte, hilarant. Mais placer Jake en position « d’expert de l’intimité féminine » au point d’avoir à l’enseigner aux femmes elles-mêmes, dérange et interroge sur les positions conservatrices d’un production, qui, jusqu’à présent, s’efforçait de casser les codes. Le happy end peu surprenant finit de convaincre du manque d’originalité du film. Et si tout cela n’avait été qu’un leurre ?

Tout avait pourtant bien commencé, dans un New York des beaux jours, où un couple platonique discute sans tabou de ses difficultés existentielles. Finalement, Jamais entre amis se laisse voir comme une comédie tendre et divertissante, mais retombe pourtant vite dans les travers d’un genre qu’elle entend justement détourner.


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Trois sur cinq

Jamais entre amis (Sleeping with other people)
De Leslye Headland
2015 / USA / 96 minutes
Avec Jason Sudeikis, Alison Brie, Adam Scott
Sortie le 9 septembre 2015
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Crédits photos : © La Belle Company