Lorsque les cinéphiles pensent au Danemark, les mêmes noms de réalisateurs reviennent toujours sur le tapis : Lars Von Trier et Nicolas Winding Refn en tout premier lieu, puis Tomas Vinterberg, récent auteur d’une nouvelle adaptation de Loin de la foule déchainée, Suzanne Bier, réalisatrice dernièrement du flop Serena, Nikolaj Arcel (scénariste des Millenium et auteur de Royal Affair) dont le nom circule pour l’adaptation de la saga La Tour sombre, Kristian Levring, qui s’est illustré l’an passé avec le western The Salvation… Des noms prestigieux, que l’on pourrait jouer à relier entre eux de la manière la plus simple du monde. En effet, depuis ses débuts au cinéma en pleine vague du « Dogme », Ander Thomas Jensen a collaboré avec à peu tout le gratin du cinéma danois, sans jamais toutefois atteindre une pareille reconnaissance en dehors de son pays.

Des stars… pas vraiment à leur avantage

Men & Chicken : les doux dingues danois

Et pourtant, le natif de Frederiksværk (allez, épelez-moi ça de tête) est une star dans son pays, auteur tantôt comme scénariste, d’une grosse poignée de succès locaux, qu’il s’agisse de drames étouffants ou de grosses comédies plus ou moins teintées d’action. De Mifune – Dogme III à The Salvation, Jensen a prêté sa plume aux genres les plus divers, collaborant notamment fréquemment avec Suzanne Bier, pour Brothers, l’Oscarisé Revenge, Love is all you need et Une seconde chance avec Nikolaj Coster Waldau. Ce qui est moins connu chez lui, en dehors d’un cercle de fervent admirateurs, c’est son talent de réalisateur : Jensen est l’auteur de trois films, tous des cartons au Danemark, qui ont tous en commun d’avoir comme tête d’affiche son compatriote Mads Mikkelsen. Flickering Lights, Les bouchers verts et surtout son chef d’œuvre, Adam’s Apples : trois œuvres qui grimpent progressivement dans l’absurde et l’humour noir existentialiste. Trois films qui déconstruisent aussi avec un sourire féroce l’image du mâle danois, présenté comme fourbe, idiot ou lâche, et souvent peu gâté par la nature.

[quote_center] »Men & Chicken a l’air un peu fou et potache, et la bande-annonce ne fait rien pour contredire ce pressentiment. » [/quote_center]

En dehors des festivals, les films d’Anders Thomas Jensen ont peu de retentissement dans notre pays, et aujourd’hui, la distribution de son nouvel opus est loin d’être assurée. Men & Chicken (ou Maend & Hons en danois) est pourtant un événement, puisque Jensen n’avait rien réalisé depuis 2005, et il a réussi à rassembler sur ce nouveau projet la fine fleur des acteurs danois, des comédiens qui lui sont fidèles et sont surtout d’énormes vedettes à domicile. Dans cette comédie qui s’annonce aussi non-sensique qu’incorrecte, on retrouve donc logiquement Mads Mikkelsen, mais aussi David Dencik (La Taupe, et bientôt Régression), Soren Malling (Borgen, Hijacking), Nicolas Bro (Cheval de guerre, Nymphomaniac) et l’éternel beau gosse Nikolaj Lie Kaas (Les enquêtes du département V). Jensen s’est apparemment fait une joie pour ces retrouvailles de défigurer monstrueusement ses cinq acteurs, projetés au cœur d’une sorte de quête grotesque dont l’humour s’avère assez… particulier !

Consanguinité, quand tu nous tiens

Men & Chicken : les doux dingues danois

Il sera avant tout question dans ce Men & Chicken, que les festivaliers du NIFFF à Neuchâtel, pourront découvrir en avant-première (le film n’est sorti pour l’heure qu’au Danemark), de filiation et d’amours contre-nature. Les héros sont en effet Elias (Mikkelsen) et Gabriel (Dencik), frères un peu attardés au regard ahuri qui découvrent à la mort de leur père qu’ils ont été adoptés. Bien qu’ils s’apprécient peu, ils embarquent pour une île au large des côtes où se trouve un sanatorium désaffecté et, normalement, leur père naturel. Sur place, c’est plutôt une clique de doux dingues un peu consanguins qu’ils trouvent, leur vrai père ayant pris quelques libertés avec la morale au cours de sa vie, et notamment avec les poules…

Oui, écrit comme ça, Men & Chicken a l’air un peu fou et potache, et la bande-annonce ne fait rien pour contredire ce pressentiment. Les blagues crues, la bizarrerie physique des protagonistes, le sens du gag visuel qui font tout le sel du cinéma de Jensen répondent dix ans après présents. Rien que pour voir Mikkelsen & Co. se débattre avec des maquillages invraisemblables et des personnages dignes de Dumb & Dumber, il faut attendre de pied ferme des nouvelles d’une possible distribution française de Men & Chicken !

Bande-annonce VOSTA