Deux ans après sa discrète sortie sur les écrans américains, Le psy d’Hollywood, ou Shrink dans son titre original, est sorti chez nous directement en dvd. Kevin Spacey dans le rôle-titre et une solide galerie de seconds rôles (Robert Loggia, Saffron Burrows, Mark Webber ou encore Robin Williams) aurait pourtant pu aider à donner du crédit à une sortie salles, mais le film de Jonas Pate (beaucoup d’épisodes télé et un film, Le suspect idéal, co-réalisé avec son frère Josh) a subi le sort de nombreux films « indépendants » du même style.

Robert Altman a montré la voie, Traffic, Magnolia et Collision ont montré son potentiel oscarisable : le film choral à l’américaine, existentialiste mais pas trop, drôle et dramatique à la fois, mais toujours positif à la fin, « uplifting » comme disent les critiques. À chaque production, la même recette: une brochette de comédiens incarnent des personnages à problèmes, qui évoluent dans une même ville et ne se connaissent généralement pas. Les hasards de la vie chers à Claude Lelouch vont évidemment faire s’entrecroiser leurs destins, jusqu’à une épiphanie générale qui permettra de sortir des vérités sur le sens de la vie avec un sérieux papal (mais du Coldplay en fond sonore pour rester branché, quand même). Les exemples sont nombreux – et encore, on ne compte pas les comédies romantiques chorales. Droit de passage, Mother and Child, Happy Endings, The air I breathe ou encore Powder Blue, aka Points de rupture, qui aura lui aussi droit à une sortie DTV en novembre.

Les affres du spleen californien

Shrink est donc un nouvel avatar de ce sous-genre, pas plus honteux ni brillant qu’un autre, à ceci près qu’il nous lance sur une fausse piste. Producteur et interprète, Kevin Spacey n’est pas la figure centrale autour de laquelle évolueraient ses patients (comme Richard Gere dans Dr.T et les femmes… de Robert Altman, justement). Mis au même niveau que l’agent odieux bourré de TOCS, la star enfouie sous la cocaïne, l’adolescente cinéphile ou l’écrivaillon maladroit qui l’entourent, son personnage de psy veuf, qui noie son chagrin dans la beuh et l’alcool, apparaît et disparaît alors que son parcours est le plus intéressant du lot. Le psy mal rasé s’en va même consulter son père, lui aussi psychiatre. Au lieu du portrait intime, le scénario choisit le zapping constant : la technique peut marcher dans le cadre d’une série télé. Au cinéma, le procédé devient immédiatement artificiel quand il est mal maîtrisé. Et Pate n’est définitivement pas Altman.

Déçu, le spectateur pourra s’intéresser au chassé-croisé qui va rassembler, comme par miracle, tous ces personnages affublés d’un spleen bien relatif. Sourire, devant quelques répliques bien senties, ou s’émouvoir devant une romance aussi incongrue que bien jouée. Ou encore se faire un grand face palm quand, en guise de dénouement, Spacey sort la pire réplique (de séduction) du film : « Kate, je suis venu vous dire qu’il faut qu’on arrête de se voir… » Avant d’ajouter avec son petit sourire de chat : « …professionnellement ». Bon bah c’était pas si grave, alors, toutes ces dépressions, docteur ?


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Trois sur cinq
Le psy d’Hollywood (Shrink)
De Jonas Pate
2009 / USA / 104 minutes
Avec Kevin Spacey, Mark Webber, Keke Palmer
Sortie le 12 juillet 2010 en DVD
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Disponible en DVD et Blu-Ray