Inédits vidéo : la sélection DTV d’octobre 2017

Comme chaque mois, voici venir notre nouvelle livraison de chroniques vidéo et VOD, sélectionnées parmi les nombreux titres distribués directement dans les bacs ou sur votre Box, le plus souvent sans trompette ni tambour. Alors que Netflix se pose chaque mois un peu plus comme une alternative incontournable pour les amateurs de direct-to-video, le marché du DTV, dopé par la récente « Fête de la VOD », se porte toujours aussi bien. Pour le mois d’ octobre 2017, cela se traduit par des titres aussi divers que Bleed for this et Invasion Day. Comme d’habitude, si nous avons mis de côté un film que vous pensez indispensable, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires. En attendant, bonne lecture… et bonnes séances !


The Oath

Un film de et avec Baltasar Kormakur, avec Hera Hilmar, Joi Johannsson

Sortie le 3 octobre en DVD (Universal)

Incontournable

Vous avez peut-être du mal à maîtriser l’orthographe de son nom et à replacer son visage, mais Baltasar Kormakur est pourtant loin d’être un novice et un inconnu. Star dans son petit pays qu’est l’Islande, le comédien et réalisateur est devenu dès son premier long, 101 Reykjavik, le symbole d’un certain renouveau du cinéma local. Son passage à Hollywood, avec des films comme Contrebande et Everest, a été très remarqué, tout comme sa mini-série à succès Trapped. De retour devant et derrière la caméra (avec un corps sculpté pour l’occasion, vu la manie qu’a le gaillard de se mettre physiquement en valeur à l’écran), Kormakur livre avec The Oath (« le serment », d’Hippocrate en l’occurrence) un « revenge movie » particulièrement patient et implacable, qui profite au mieux des impressionnants paysages hivernaux de son pays natal. Il y joue un chirurgien réputé qui perd les pédales lorsqu’il comprend que sa fille est amoureuse et victime d’un dealer du coin… À mi-chemin entre Hardcore et Les sept jours du talion, le film joue alors sur la lente descente aux enfers de ce père bien sous tous rapports qui met au point un plan machiavélique pour exercer sa vengeance sans éveiller l’attention de la police. Le résultat est certes linéaire, et les réflexions morales et éthiques (le « héros » utilise à mauvais escient ses capacités de médecin surdoué) guère révolutionnaires, mais The Oath, grâce à la performance imposante de sa star omniprésente, et à son cadre idéalement décharné et isolé, reste passionnant de bout en bout.

À voir… si vous aimez le scandi-noir, les plats qui se mangent froid


Bleed for this

Un film de Ben Younger, avec Miles Teller, Aaron Eckhart, Katey Sagal

Sortie le 11 octobre en DVD et Blu-ray (Sony)

Pas mal

Comme beaucoup de ses collègues, Miles Teller, héros martyrisé de Whiplash et, ne l’oublions jamais, du reboot des 4 Fantastiques, a voulu monter sur le ring pour prouver sa valeur d’acteur « complet » dans un biopic sportif réalisé dans les règles de l’art par Ben Younger (Les Initiés). Bleed for this n’a ni le prestige, ni le budget des récents cadors du genre comme Creed et La rage au ventre. Et quelque part, ce côté modeste est plutôt adapté à l’histoire de Vinnie Pazienza, boxeur plouc du New Jersey qui devient champion du monde des poids légers en 1987. Fin de l’histoire ? Pas vraiment : la particularité de ce boxeur à la Balboa – c’est-à-dire qu’il encaisse les gnons plus facilement que les autres -, est qu’il fut victime peu de temps après ce titre d’un accident de voiture terrible. Bleed for this s’intéresse alors en détails au rétablissement de Pazienza, seul à croire qu’il pourra un jour remonter sur le ring. Coaché par un Aaron Eckhart en pleine perf’ d’acteur (gros bide, fausse calvitie) et un Ciaran Hinds déchaîné en paternel beauf désabusé, Teller tire tout ce qu’il peut de ce destin presque trop cinématographique pour être vrai. Le film ressemble énormément dans sa dynamique familiale et sportive à un avatar de The Fighter, et n’est pas là pour réinventer le genre. Mais si vous êtes amateur de récits de rédemption sportive en mode « never give up, never surrender », c’est un titre qui vaut le détour !

À voir… si vous êtes toujours d’attaque pour un film « d’underdogs », si vous adorez cette tronche bizarre de Miles Teller


Security

Un film d’Alain Desrochers avec Antonio Banderas, Ben Kingsley, Liam McIntyre

Sortie le 17 octobre en DVD, Blu-ray et sur Netflix (Metropolitan)

Pas mal

Le passage d’Antonio Banderas chez les Expendables a dû réveiller chez l’hidalgo espagnol des envies de testostérone. Security, petite production qui ne paie pas de mine, mais s’avère plus soignée que la moyenne, semble être le premier coup d’éclat d’une nouvelle carrière s’annonçant assez burnée (Gun Shy, Acts of Vengeance, Bullet Head… les futurs titres parlent d’eux-mêmes). Reste à savoir si ce choix l’emmènera sur les mêmes terres qu’un Travolta, mais dans l’immédiat, Security n’a rien d’un accident de parcours. Cet avatar de Die Hard dans une galerie commerciale met rapidement en place ses enjeux, décors et personnages, rendant chaque lieu et protagoniste de ce huis-clos nocturne immédiatement identifiable. Soldat démobilisé, Banderas devient à contre-cœur vigile de nuit auprès d’une équipe de bras cassés (menés par un jovial Liam « Spartacus » McIntyre), et se retrouve confronté à une organisation secrète sans pitié commandée par un catastrophique Ben Kingsley. Face au cabotinage éhonté de ce méchant suave et fade, Banderas prend visiblement son pied à jouer les sauveurs musclés et indestructibles. De fusillades en bastons mano a mano, Security devient de plus en plus généreux et divertissant, le scénario nous ramenant à une forme de cinéma bis et pas prise de tête qui n’existe presque plus depuis les années 90. Justement la décennie où Banderas jouait les héros musclés, tiens donc !

À voir… si vous aimez les séries B old school, les scénarios « à la Die Hard », si le charisme latino viril de Banderas vous manquait


Invasion Day

Un film de Roni Ezra, avec Pilou Asbaek, Lars Mikkelsen, Martin Greis

Sortie le 24 octobre en DVD et Blu-ray (Condor Entertainment)

Pas mal

Invasion Day vient nous rappeler, avec un vrai souci de pédagogie, que le cinéma est parfois le meilleur moyen de remettre dans la lumière des pages d’histoire méconnues. En l’occurrence, il s’agit d’une journée décisive dans celle du Danemark, racontée par un Tobias Lindholm (A War) ici scénariste. Le pays a capitulé en quelques heures le 9 avril 1940 lorsque l’armée allemande a traversé sa frontière et envahi le pays, considéré comme un passage important vers la mer du Nord et la Norvège. Cette invasion allemande, que le film montre comme inattendue pour un État-major un peu naïf, avait donc à peine commencé que la guerre était déjà finie pour ses soldats. Invasion Day retrace pourtant, avec une objectivité et une absence notable de pathos, le combat de certains d’entre eux, regroupés dans un bataillon cycliste (sic) commandé par l’inévitable Pilou Asbaek (Game of Thrones). Démunis, logiquement, face à l’infanterie motorisée de la Werchmacht, les soldats voient leurs camarades tomber dans des batailles perdues d’avance. Instructif, donc, et particulièrement symbolique de la futilité de la guerre, l’héroïsme étant ici une valeur particulièrement inutile face au pragmatisme de la « diplomatie guerrière ».

À voir… si vous aimez les films de guerre sans trompette ni gloire, les pages d’Histoire méconnues


Redivider

Un film de Tim Smit, avec Dan Stevens, Bérénice Marlohe, Mike Reus

Sortie le 26 octobre en e-Cinéma, le 5 décembre en vidéo (TF1 Vidéo)

Á éviter

Tout comme Skyline, ou à un autre niveau Monsters, Redivider, alias Kill Switch, est l’œuvre d’un petit surdoué des effets spéciaux digitaux, Tim Smit, qui a décidé de piloter en solo un projet de science-fiction bricolé avec les moyens du bord, et quelques vedettes consentantes. Manifestement fan de « First Person Shooter », puisqu’il applique à son long-métrage le même dédain pour la cohérence narrative et adopte aussi la vue subjective, à la Hardcore Henry, Smit nous envoie, en flash-back dans un monde où une corporation toute-puissante a décidé de dupliquer notre univers pour y puiser de l’énergie facilement. Ça a l’air bête, oui, surtout quand le portail géant créé pour l’occasion est bâti juste à côté de Londres – histoire de profiter du panorama ? Dan Stevens, qui a dû découvrir le scénario quelques minutes avant que la caméra tourne, assure quelques scènes de transition sans conviction, pendant que Redivider va à l’essentiel : des explosions et des fusillades dans des rues désertes filmées par un caméraman à bout de souffle. Plutôt cheap, joué avec les pieds (Bérénice Marlohe est désolante de nullité, dans un rôle qui plus est incompréhensible), et parfois très prétentieux, voilà une série B dont on pourra à la réflexion se passer, à moins d’aimer les FPS sans interactivité.

À voir… si vous aimez les cinématiques de jeux vidéo, les robots digitaux et la voix de Dan Stevens


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