Qualité France #17 : le navet n’a pas d’âge !

De récentes photos du traditionnel congrès des exploitants à Deauville, où sont présentées les grosses productions françaises en cours de réalisation, ont permis de nous rassurer sur une chose : la sélection Qualité France n’est pas prête d’être à court de munitions. Gaston Lagaffe (« par l’équipe des Profs 2 » scande sans honte l’affiche), Alad’2 (oui, parce que c’est la suit… hmmpf… soupir), Une ch’tite famille… Les millions de spectateurs qui se vautrent en masse devant les prestations impardonnables de Kev Adams et Dany Boon ne donnent pas vraiment envie aux producteurs de viser plus haut. Et de fait, même l’échec conséquent de choses improbables comme Gangsterdam et Bad Buzz ne semble pas vouloir entamer leur volonté de piétiner violemment et à répétition les principes de bon goût, de cohérence artistique, ainsi que l’univers de la BD franco-belge.

Comme pour les 16 sélections précédentes (soit une centaine de films, mine de rien, qu’on vous encourage vivement à enchaîner dans un marathon cinématographique apocalyptique qui ferait frémir de peur Nanarland), nous nous attaquons, avec une mauvaise foi au moins aussi indécente que celle de Raquel Garrido à des films français que nous n’avons pas vus. Bien entendu, nous n’avons pas la science infuse, et peut-être qu’un vrai bon film se cache derrière les désolantes bande-annonces présentées ci-dessous. À vous de nous le dire… mais c’est pour ça qu’on les regardera !

Un beau bordel intérieur

On débute notre saga des quinquas déboussolées avec Juliette Binoche, à l’affiche du nouveau film d’une réalisatrice qu’on aime pourtant bien, Claire Denis, co-scénarisé avec l’aide (c’est là que ça se corse) de Christine Angot. Un beau soleil intérieur, à deux doigts d’obtenir sur l’affiche l’accroche « Un film qui fait du bien » grâce à son titre, s’intéresse à Isabelle, peintre parisienne – notez le pléonasme – qui désespère d’être aimée alors qu’elle enchaîne les amants. Isabelle aime un peu trop les salauds (donc Xavier Beauvois, bien plus intéressant comme réalisateur que comme comédien), et les beaux mecs ténébreux (introducing Nicolas Duvauchelle, marqué déposée du beau mec ténébreux depuis que l’absence de talent d’Olivier Martinez a été démasquée)… Et à la limite, vu qu’elle disserte avec son médecin ou ses amis de sa vie sentimentale dans des appartements bourgeois, des cafés cossus et des portes cochères d’immeubles haussmanniens, où est le problème ? C’est pourtant clair : le problème, c’est le film lui-même, et son énième portrait de femme en plein spleen qui traîne son indécision comme un boulet pour le spectateur, qui se demande bien pourquoi il serait ému par le genre de marivaudages déjà vu dix mille fois dans le cinéma parisianiste.

La punchline qui vend du rêve : « Écoute, j’arrive à l’instant du Brésil et j’avais une folle envie de te baiser »

La bande-annonce


Pas de quoi être jalouse

Deuxième sur notre podium après la Binoche alanguie, la Karin Viard énervée. Dans Jalouse, la mimi Karin, toujours à fond dans ses rôles mais jamais très loin du surjeu, joue une mère de famille qui devient jalouse de la belle vie de sa fille, et plus généralement de tous ceux qui l’entourent. Bien évidemment, c’est un paravent pour masquer son insécurité de mère divorcée, qui voudrait être aiméééée, et c’est surtout une idée de départ bien pourrie pour lancer un film sans ambition qui se voudrait feel good tout en balançant des vacheries. Oui, parce que ce qu’il y a de bien avec Karin, c’est qu’elle est très forte pour jouer le désespoir ET pour lâcher des répliques bien senties (« t’as pas ce problème, toi, ta fille elle est moche »), ce qui permet de cocher dans un même film toutes les cases du bingo « comédie dramatique à la française ». Les violons qui envahissent la bande-annonce nous prédisent, rassurez-vous, que miss Viard apprendra sur le tard de belles leçons de vie grâce à sa progéniture et ses amis, qui veulent bien qu’elle pique sa crise, mais bon, ça va, oh, hein. Quand même.

La punchline qui vend du rêve : « Même si tu veux plus me voir, tu peux pas m’empêcher de t’aimer et de te défendre ! »

La bande-annonce


Un demain sans Noémie ?

Ça aurait pu être Fanny Ardant, parce qu’elle est abonnée aux rôles de quinquas évanescentes qui nous gonflent pendant 100 minutes avec leur regard perdu dans le vague d’une plage normande. Mais non : l’inestimable (mais bien trop estimée) Noémie Lvovsky arrive troisième dans notre classement des portraits de femme qui riment avec facepalm, grâce à son nouveau long-métrage Demain et tous les autres jours. Bon, même si elle multiplie ici les postes, comme dans Camille redouble, la divinement chiante actrice et réalisatrice n’est pas exactement le centre de l’intrigue ici : elle joue la mère un poil (voire même beaucoup) dépressive d’une jeune fille jouée par Luce Rodriguez, qui tente, tant bien que mal, de cohabiter avec cette figure parentale à la dérive. L’absence de jeu de Lvovsky semble très bien s’adapter ici à un personnage complètement à l’ouest, qui va obliger sa fille à se réfugier dans un monde, hum, féérique, par le biais d’une chouette qui lui parle sans bouger le bec. Oui, vous avez bien lu. On veut bien un peu de fantaisie dans le cinéma français, mais on va pas non plus animer des becs de chouette, bordel, c’est pas le Royaume de Ga-hoole, ici !

La punchline qui vend du rêve : « – Et, vous vous mariez pas ? – Si. Avec la vie ! »

La bande-annonce


Charles Perrault fait la toupie dans sa tombe

Personne n’en avait rêvé, mais vu que plusieurs millions de spectateurs hagards ont rempli les poches des brigands responsables des Nouvelles aventures d’Aladin, pourquoi se priver ? Après la version aseptisée – mais jolie – de Kenneth Branagh, le CiNéMa FrAnÇaIs (vous savez, celui, qui juge qu’Okja est un téléfilm « parce que ça passe sur Netflix ») nous prépare donc Les nouvelles aventures de Cendrillon, projet refilé comme une patate chaude à Lionel Steketee, sur la base des succès de Case départ et du Crocodile du Botswanga. Le gars Lionel, pourtant encore sur une bonne pente, a décidé d’exploser en plein vol en enchaînant Alad’2 et ce Cendrillon taillé pour animer les futures soirées beauf de TF1 – en doublon avec Peau d’âne, histoire de bien souligner la profondeur du puits de honte dans lequel nous sommes tombés. Dans ces « nouvelles » aventures (ahem), le conte de fées traditionnel est malmené façon Princess Bride (il faut le dire vite et pas trop fort) pour y inclure des références aux Tuche, des soirées disco, des comiques de la télé, et beaucoup, beaucoup de gags pas drôles qu’on imagine inventés lors d’un creative meeting par une armée de costards-cravates de chez Pathé, persuadés de tenir là LE succès de l’automne en matière de comédie. Bon, le pire c’est que le box-office leur donnera peut-être raison. Mais pour l’amour du 7e art, de Charles Perrault et de ce qui reste de dignité à Marilou Berry et sa maman, on aimerait, très fort, que ces nouvelles aventures soient aussi les dernières.

La punchline qui vend du rêve : « – Quel est votre film favori ?  – Les Tuche. 2.»

La bande-annonce

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