Depuis Millénium, l’école du polar scandinave et flamand connait un véritable engouement à la fois en librairie, au cinéma et à la télévision. Grâce à l’éclosion de multiples pépites, comme The Bridge et The Killing au Danemark ainsi que Les enquêtes du Département V au cinéma, ou Bullhead en Belgique, le film noir retrouve ses lettres de noblesse, en s’éloignant des codes du cinéma américain pour en embrasser d’autres, plus sombres et sans concession. L’indispensable Festival de Beaune, par exemple, met chaque année en lumière et défend d’excellents longs-métrages de ce genre. En 2015, ce dernier a sélectionné hors-compétition The Beast, une révélation flamande. Cette adaptation du best-seller L’Homme du soir de Mo Hayder, qui se déroule à Londres, a transposé son action à Anvers, la ville natale du réalisateur Hans Herbots (à l’origine du projet The Spiral, diffusé sur Arte).

Une enquête entre réel et imaginaire

The Beast : tapie dans l’ombre

 

Contrairement à l’archétype du flic de polar, le héros de The Beast, Nick Cafmeyer, est simplement un bon policier, plutôt sympa et sérieux, auquel sa supérieure confit une enquête particulièrement glauque. Il est certes hanté par la lointaine disparition de son frère, mais pas au point d’exprimer sa torture avec des excès de drogue ou d’alcool ou à enchaîner les bavures et les tabassages de témoins pour dissimuler ses failles, comme le genre aime trop souvent le faire. Bien au contraire, The Beast bénéficie d’une écriture plus subtile, plus métaphorique, mais aussi plus réaliste de ses protagonistes. L’autre point fort du film repose sur son atmosphère entre chien et loup, pesante et inquiétante, voire malsaine, qui plante un décor à la fois fascinant et repoussant. Dans cette histoire de pédophilie et d’enlèvement d’enfant, l’enquêteur plonge petit à petit dans un abîme d’horreurs insondables, où chaque protagoniste devient un suspect, dès l’instant où un remarquable jeu de lumières se pose sur lui. Avec une violence qui rappelle avec insistance Seven (mètre-étalon du polar dépressif), le réalisateur insuffle à son histoire une dimension fantastique à travers l’image du « troll» qui vient kidnapper les enfants dans leur sommeil pour les emmener dans la forêt.

[quote_center] »The Beast bénéficie d’une écriture plus subtile, plus métaphorique, mais aussi plus réaliste de ses protagonistes. « [/quote_center]

Tantôt métaphysique et captivant, The Beast entraîne le spectateur dans une enquête complexe et implacable qui conduira à une « claque » finale parfaitement orchestrée, macabre et déchirante, qui éclaire la partie la plus sombre de l’âme humaine. Heureusement, Geert Van Rampelberg (Alabama Monroe) incarne un personnage plutôt optimiste et qui se libère de ses blessures en allant de l’avant. C’est là la force du film, montrer que le pays qui a mis hors d’état de nuire des monstres comme Dutroux sait se sortir du pire pour avancer vers la guérison et la vie. The Beast contourne les codes du film noir pour mieux les sublimer, en créant une atmosphère terriblement écrasante au moyen d’une direction artistique de premier ordre, et en entremêlant les sous-intrigues sans relâcher la tension. Son originalité enthousiasmera les amateurs de productions noires flamandes tandis que son réalisme angoissant, et pertinent, achèvera de convaincre un public plus réticent. Cette nouvelle prouesse, qui n’évite toutefois pas les longueurs, confirme la qualité et l’étendue des promesses cinématographiques recelées par la Belgique.

[toggle_content title= »Bonus » class= »toggle box box_#ff8a00″]Le palmarès 2015 du Festival de Beaune.
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Quatre sur cinq
The Beast (De Behandeling)
De Hans Herbots
2014 / Belgique / 127 minutes
Geert Van Rampelberg, Ina Geerts, Johan Van Asschez
Sortie 30 décembre 2015
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Crédit photos : © Capelight pictures